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le 03/02/2003, Discours du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, au Conseil économique et social Paris, le lundi 3 Février 2003 Monsieur le Président du Conseil Economique et Social, Jai choisi de vous présenter larchitecture de la réforme que les Françaises et les Français attendent pour garantir leurs retraites. Cest un temps fort de laction de mon Gouvernement. Ici, au Palais dIéna, haut lieu de notre démocratie sociale, devant les représentants des forces vives de la nation. Je connais bien votre assemblée, depuis longtemps, je suis vos débats, japprécie votre diversité, je respecte votre avis. Maintenant, car la réforme a trop tardé, souvent annoncée toujours repoussée. Le choc de 2006 est programmé, le « scénario de linacceptable » a été décrit et pourtant, tant que le navire na pas heurté liceberg, la croisière continue. Lesprit de mission, qui a caractérisé la nomination de mon Gouvernement, moblige. Lesprit de Mai, qui a surmonté les soubresauts républicains du printemps dernier, mengage. Je ne vous propose pas une réforme comptable, même si les finances nen sont pas absentes. Il sagit de mémoire pour ne pas dire dhistoire. Il sagit des devoirs dune génération, voire dune mission de la Nation. Je noublie pas, en 1945, à la Libération le Conseil National de la Résistance proposait de donner « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Aujourdhui où la sécurité est devenue une préoccupation à la fois globale et générale, je noublie pas les sources de notre Sécurité Sociale. Les avancées sociales fondamentales furent obtenues dans un large consensus. Avec sagesse, notre pays a su donner corps à des principes qui font aujourdhui sa fierté. 50 ans après, fidèles à ces principes, je nous souhaite la même sagesse, la même lucidité. La génération à laquelle jappartiens est maintenant face à ses devoirs. Nous avons une dette vis-à-vis de la génération précédente qui a investi pour nous et nous avons un devoir pour donner aux générations suivantes de meilleures conditions de vie. Avec le niveau de notre dette nationale qui a triplé en 20 ans et qui représente aujourdhui 60% de notre P.I.B. nous nous sommes déjà largement défaussés sur lavenir. Le temps de la responsabilité est venu. La réforme qui est devant nous exige un sursaut de solidarité, un dépassement des égoïsmes, une ambition collective. Jai entendu avant-hier dans les rues les préoccupations des manifestants. Je comprends que la complexité du sujet inquiète. Si ce nétait pas difficile, il y a longtemps que cela serait fait. Jai aussi entendu ceux qui me demandent de conclure le dialogue social, sur ce sujet, avant quil ne soit ouvert. Je ne tomberai pas dans ce piège : le Gouvernement sera précis pour définir le cadre de la réforme, ouvert pour débattre des modalités, ferme pour arrêter le calendrier. Lavenir de nos retraites a besoin de justice et de courage. Chacun le ressent aujourdhui : la justice de la République a besoin du courage de la Nation. La retraite est bien plus quun acquis social, cest le cur de notre système de solidarité. En instaurant un véritable pacte entre les générations, elle a brisé cette fatalité séculaire qui faisait de la vieillesse le temps du repli, de la pauvreté et même souvent du dénuement. Conjuguée aux progrès de la médecine, la solidarité active de notre système de retraite a créé un nouvel âge de la vie : après le temps des apprentissages et de la formation, après celui du travail et de la construction familiale, il y a maintenant un nouveau temps, un temps pour soi et pour les autres, un temps daccomplissement personnel, plus serein et plus sûr. Un temps qui est désormais attendu. Un temps où le choix de lactivité bénévole ou professionnelle reste possible. Aujourdhui, la retraite, ce pilier de notre équilibre social, est déstabilisé par une évolution démographique défavorable dont il faut prendre la pleine mesure. Lenjeu est clair. Nous devons sauver notre système de répartition. Et nous devons le faire ensemble. Ne nous y trompons pas. Ce nest pas seulement une priorité de laction du Gouvernement. Sous lautorité du Président de la République, je prendrai toutes mes responsabilités. Mais la réforme est aussi et surtout un test pour notre dialogue social, pour notre démocratie, pour notre pays tout entier. Aux yeux de nos partenaires européens, la France joue aussi, sur ce dossier, sa crédibilité réformatrice. Je suis persuadé que nous sommes capables dentendre un langage de vérité. Je suis persuadé que nous sommes capables de surmonter les individualismes et les intérêts particuliers pour le bien de tous les Français. Je suis persuadé que nous sommes capables de nous parler et de nous écouter. Le dialogue et la concertation nous aiderons à trouver les meilleures solutions pour que les efforts nécessaires soient justement partagés. Cest la marque dune démocratie sociale adulte. Et cest parce que je crois en la démocratie sociale que jai choisi de venir devant vous exposer ce que sera laction du Gouvernement au cours des prochains mois. A travers vous, je veux dire quatre choses aux Français : - oui, la réforme des retraites est indispensable.
Elle ne peut plus être différée. Elle passe aujourdhui
du virtuel au certain. Ce système est déstabilisé car nous sommes en face dune situation facile à comprendre : le nombre de ceux qui paient diminue, le nombre de ceux qui touchent augmente. Davantage de retraités, des retraites de plus en plus longues, des actifs de moins en moins nombreux. Il y a consensus sur le diagnostic. - les retraités sont de plus en plus nombreux, car ce sont les générations du « baby boom » de laprès-guerre qui sont en train de partir à la retraite. Déjà, dans les trois ans qui viennent, le nombre des départs à la retraite va connaître une progression brutale. Alors quil y a aujourdhui 550 000 départs à la retraite par an, il y en aura plus de 800 000 en 2006. Le temps de la retraite est de plus en plus long. Je me souviens, enfant, combien de fois jai entendu, après le décès dun proche « le pauvre il naura pas beaucoup profité de sa retraite ». Maintenant, à 60 ans, lespérance de vie est de plus de 20 ans (26 ans en 2040). Les actifs seront de moins en moins nombreux Les conséquences ont été mises en lumière par le Conseil dOrientation des Retraites dont je salue le travail parce quil illustre la capacité que nous avons, quand nous le voulons, de travailler ensemble. Que nous dit le Conseil dOrientation des Retraites : les besoins de financement de nos régimes de retraites devraient être en 2020 de près de 50 milliards deuros et de 100 milliards en 2040. Pour les couvrir, il faudrait doubler limpôt sur le revenu dici 2020 ou doubler la TVA dici 2040. Ce nest pas une perspective acceptable ! Minimiser les difficultés à surmonter, faire croire que le problème pourrait se régler uniquement par la croissance et lemploi, cest mentir aux Français. Cest prendre le risque dentretenir nos concitoyens dans une illusion terrible pour lavenir de notre système de protection sociale. Les Français qui prendront leur retraite en 2040 sont déjà tous nés ! Je ne laisserai pas ce problème en suspens. Des mesures courageuses ont été prises en 1993. Elles ont permis de limiter la dégradation du régime général. Ces mesures ont été complétées par les partenaires sociaux qui ont adapté les régimes complémentaires. Elles doivent être confortées mais elles ne suffiront pas. Mon Gouvernement prendra toutes les mesures pour que les Français puissent regarder lavenir avec confiance. Cest une question de justice et de vérité. Une démocratie qui nest pas capable de dire la vérité nest plus une démocratie. Une politique qui ne sait pas préparer lavenir se condamne elle-même. La preuve a déjà été apportée. Et une société qui ne partage pas équitablement les efforts nécessaires aurait perdu ce qui fait lâme du lien social. Jen prends lengagement devant vous : mon gouvernement ne laissera pas détruire le pacte social des retraites. Certains pensent quen France « on aime mieux parler des réformes que les faire ». Jai sur ce point une certitude : quand il sagit de leurs enfants les Français condamnent toujours limmobilisme. Linaction conduirait à laffrontement entre les générations et aux injustices. Ce sont les salariés les plus modestes qui souffriraient le plus du naufrage de nos systèmes de retraites. Les Français les plus aisés trouveront toujours les moyens de surmonter les difficultés par leur épargne. Nous navons aucune raison dêtre tétanisés face à lobstacle. La situation que nous connaissons nest pas insurmontable. Elle nest pas propre à la France. Nos voisins européens y sont aussi confrontés, souvent même dans des termes plus difficiles en raison dune natalité plus faible que chez nous. Pourtant, ils ont su réformer. Ils ont su le faire sans remettre en cause leur système de retraite. Ils ont su le faire dans le consensus et dans un esprit de responsabilité collective. Cest dans cette voie du dialogue et de laction que je vous propose de nous engager maintenant. Je ne suis donc pas venu aujourdhui dicter des solutions préfabriquées. Je suis venu vous présenterle cadre et les principes qui guideront notre action. Je suis venu vous indiquer les étapes du dialogue social et ainsi préparer avec vous la méthode et le calendrier qui mèneront à la décision. Je fixe quatre objectifs pour laction autour desquels nous pouvons, jen ai la conviction, nous réunir parce quils sont au cur de notre pacte social. Ces objectifs peuvent constituer la partie gouvernementale de lordre du jour des prochaines réunions du dialogue social national sur les retraites. Le premier objectif de laction : une réforme immédiate pour lhorizon 2020. Ce serait une erreur de croire que tout pourrait se résoudre par une mesure unique et simpliste. Il ny a pas de solution miracle dans le domaine des retraites. Tout système de retraite repose sur trois facteurs : le niveau des cotisations, la durée de cotisation et le niveau des pensions. Faire peser tout le poids de la réforme sur un seul de ces leviers naurait pas de sens. Le maintien en létat des règles actuelles conduirait, à lhorizon 2040, soit à prolonger la durée du travail de 6 ans, soit à augmenter les cotisations de moitié, soit à réduire du tiers le niveau des pensions. Aucune de ces solutions nest évidemment acceptable. Lensemble des paramètres doit être sujet du dialogue social. Pas davantage acceptable serait la tentation de vouloir résoudre tout, tout de suite. Nous nallons pas régler du jour au lendemain tous les problèmes des décennies à venir. Nous devons prendre les décisions nécessaires pour assurer léquilibre de nos régimes de retraite dans les quinze prochaines années et préparer lavenir plus lointain en fixant dores et déjà les règles dévolution et notamment celles du fonds de réserve des retraites qui devra être doté convenablement. Nous proposons de fixer lhorizon 2020 comme lobjectif de notre action immédiate. Je vous propose que la réforme soit progressive. Il ne saurait être question de bouleverser brutalement du jour au lendemain les règles du jeu. Disons-le clairement : ceux qui sont déjà à la retraite ne sont pas concernés par la réforme. Et le nouveau système se mettra en place sur plusieurs années, de manière continue, ce qui permettra dassurer les transitions nécessaires. Nous proposons donc une réforme ajustable. Notre système de retraite doit être vivant pour pouvoir faire face aux évolutions et en tirer parti lorsquelles seront favorables. Chaque génération devra y prendre sa part sur la base de principes et règles que nous fixerons dès maintenant. Par exemple, lespérance de vie saccroît de deux mois en moyenne par an. Grâce à elle le temps de la retraite augmente. Il nous faudra trouver les moyens de mieux partager cet allongement entre lactivité et la retraite. Ainsi, au-delà des décisions que nous prendrons cette année, il me semble nécessaire que, sur la base dun suivi auquel seraient partie prenante les partenaires sociaux, il soit procédé aux ajustements utiles selon une périodicité à définir comme, par exemple, tous les cinq ans. Je lai dit, le Gouvernement entame cette concertation avec détermination mais sans solutions définitives. Je suis ouvert à toutes les propositions. Mais il y a un point sur lequel je ne transigerai pas : le projet que nous présenterons aux Français doit garantir une protection effective de leurs retraites. Nos concitoyens attendent de nous une vraie réforme, cest maintenant ou maintenant. Le second objectif de laction, cest le niveau
des retraites. Bien sûr, garantir les retraites ne veut pas dire que lon sinterdise a priori daméliorer le système. Jai entendu des syndicats qui soulèvent cette question. Pour moi, elle ne constitue évidemment pas un tabou, mais elle doit être examinée avec réalisme et sans surenchère. Je ne mésestime pas les réalités. Même si le niveau de vie des retraités est aujourdhui en moyenne comparable à celui des actifs, nous savons tous quil y a encore beaucoup de petites retraites. Nous savons aussi que certains Français ont commencé à travailler très jeunes, que le caractère pénible de certaines activités pose questions. Ces questions, nous les nourrirons dans le dialogue mais sans occulter une réalité toute simple : toute amélioration des retraites alourdira le besoin de financement à venir et ajoutera aux efforts à entreprendre pour préserver notre système de répartition. Sil nest pas question de remettre en cause lâge légal du départ à la retraite à 60 ans, qui est un acquis social, nous devons reconnaître que par rapport à nos voisins, il ne serait pas réaliste douvrir largement les possibilités de départ avant 60 ans. Le troisième objectif de laction, cest respecter le principe de justice. Cela ne signifie pas uniformité de traitement. Après la guerre, notre pays na pas fait le choix dun système de retraite unique. Au contraire, il existe une trentaine de régimes de base ! Ces régimes ont chacun leur histoire, leur logique, liées à une activité particulière ou à un statut. Cette réalité, il faut la comprendre et en tenir compte sur la base de deux idées. Dabord, il faut respecter ce qui fait le fondement de ces régimes. Par exemple, les régimes spéciaux sinscrivent en général dans des logiques dentreprises. Cest donc dans le cadre de véritables projets dentreprise quils pourront évoluer. Cest cette logique de réforme qui a été mise en uvre à EDF et GDF et que le Gouvernement soutient. Sagissant de la fonction publique,je me refuse à opposer les fonctionnaires et les salariés du secteur privé. Je naccepte pas que des appréciations sommaires conduisent à présenter les salariés du service public comme des privilégiés. Ils ont des obligations spécifiques fixées dans leur statut, un statut qui a une histoire et une cohérence. Mais le respect de la diversité ne doit pas conduire à ériger une barrière entre deux mondes : celui des salariés et celui des fonctionnaires, car à terme, on risquerait précisément de les dresser lun contre lautre. Même si les retraites dans la fonction publique ont leur spécificité, les problèmes liés à la démographie sont les mêmes. Si lon ne fait rien aujourdhui, lEtat devra demain soit réduire le niveau des pensions, ce qui nest pas acceptable, soit augmenter massivement les impôts pour les payer et risquer ainsi douvrir un véritable conflit entre le pays et ses fonctionnaires. A lhorizon 2020, alors quils représentent 20 % des actifs, les besoins de financement des régimes de fonctionnaires devraient représenter plus de 60 % des besoins globaux des régimes de retraites, il y a donc nécessité dagir pour eux comme pour les autres. La prise en compte des spécificités de la fonction publique ne doit pas faire obstacle aux exigences de léquité qui veulent que la situation de personnes placées dans des situations comparables soit harmonisée. Je pense notamment aux durées de cotisation. De tout cela, il nous faut débattre de manière ouverte avec le souci de lintérêt général. Le quatrième objectif de laction, cest la croissance de notre taux dactivité. Avant même de répartir la richesse entre actifs et retraités, il faut songer à la créer. Il faut faire tourner à plein le moteur de notre économie, cest-à-dire la capacité créatrice des Français. Et pour cela, nous devons renforcer tout ce qui alimente lactivité : le dynamisme démographique, la liberté de choix, la création et la défense de lemploi, le retour de la croissance Cela passe par une politique familiale active pour permettre à chaque famille davoir le nombre denfants quelle souhaite. Nous répondrons ainsi à un désir profond de nos concitoyens. Nous garantirons la vitalité de notre société. Et nous aurons aussi de nouveaux actifs pour payer les retraites de demain. Si, par exemple, notre taux de fécondité revenait à 2,1 enfants par femme nous sommes actuellement à 1,9 cest près de 10% du besoin de financement des retraites en 2040 qui serait couvert. Cest pourquoi la réforme des retraites ira de pair avec un effort accru de la Nation pour faciliter laccueil de lenfant. Nous définirons cette réforme avec le mouvement familial et les partenaires sociaux lors de la prochaine conférence de la famille qui se tiendra avant lété. La réforme des retraites suppose aussi une politique de lemploi volontariste. Il faut créer les conditions dun recul durable du chômage par la libération des énergies. Cest tout le sens de laction du Gouvernement que je dirige. Le gouvernement est mobilisé. Certes la situation conjoncturelle de lemploi nest pas satisfaisante. Le gouvernement met tout en uvre pour lemploi : contrat jeunes en entreprise, baisses des charges, dynamisation des créations dentreprises Il nous faut structurellement créer plus demplois que, malheureusement, il sen détruit. Cest pourquoi je souhaite intensifier nos efforts avec le concours de lensemble des partenaires sociaux. Cest pourquoi je demande au Ministre du Travail et des Affaires Sociales dorganiser la réunion avant la fin de ce mois dune conférence de mobilisation nationale pour la formation tout au long de la vie et lemploi, en vue notamment de mettre en place lassurance emploi que le Président de la République a appelée de ses vux. Indemniser les demandeurs demploi grâce à lassurance-chômage, cest indispensable. Encore faut-il aussi libérer nos énergies pour retrouver une croissance forte et créatrice demplois, prévenir le chômage par la formation et le combattre par la reconversion des sites en crise et par le reclassement des salariés victimes de la fermeture dentreprises. Cela passe non seulement par le droit à la formation tout au long de la vie et par une nouvelle gestion des carrières, notamment des cadres mais aussi par un véritable changement de limage des salariés âgés, y compris auprès des chefs dentreprise. On ne peut être à 55 ans un salarié âgé et usé et un jeune retraité actif et dynamique. La première des urgences est de faire progresser lactivité des salariés de plus de 55 ans pour quelle puisse se poursuivre jusquà lâge de la retraite, ce qui est loin dêtre le cas aujourdhui. La réalité des dernières années de la vie professionnelle cest encore trop souvent le chômage et la pré-retraite. Pour cela, nous devons touts nous mobiliser et en faire une priorité de la relance du dialogue social. Je vous propose dinjecter davantage de liberté dans notre système de retraite. Le départ à la retraite relève de considérations éminemment personnelles. Il se pose dans des termes différents pour chacun, en fonction de son histoire individuelle et de sa situation familiale. Il faut quune plus grande liberté de choix puisse sexercer. Pour pouvoir choisir en tout état de cause, le premier devoir, cest dinstituer un véritable droit à linformation pour que chaque Français puisse connaître au fur et à mesure de sa carrière létat précis de ses droits. Lexemple suédois de « lenveloppe orange » me semble bon à suivre. Ceux qui voudront partir plus tôt en retraite devront pouvoir le faire dans certaines limites, mais alors leur retraite en tiendra compte. Ceux qui voudront travailler plus longtemps pour avoir des pensions plus importantes seront encouragés. Plus de liberté, cest aussi faciliter lépargne retraite. Il nest évidemment pas question de changer de système, les régimes de capitalisation sont étrangers à notre histoire sociale, mais il sagit de permettre aux français de mieux épargner pour leur retraite en étendant à tous les Français des aides à lépargne volontaire et en donnant à chacun plus de souplesse pour choisir le niveau de sa retraite. Le gouvernement est, tout à fait, prêt à discuter la place et la forme exacte que devront prendre cette épargne dans notre dispositif, en nous inspirant de ce qui existe déjà.
La méthode que nous adopterons est celle de linformation, du dialogue et de la concertation. Comme lont fait nos voisins, il faut rechercher le consensus le plus large possible sur la réforme des retraites. Je souhaite que, dans la discussion qui va sengager lensemble des forces de notre société puisse se rassembler même si nous néviterons pas certains commentaires partisans, ou certaines surenchères. Jy suis prêt. Mais que lon ne compte pas sur le Gouvernement pour entretenir la polémique. Cest un véritable pacte pour lavenir des retraites que je veux proposer à lensemble du pays. Essayons daller aussi loin que possible ensemble. Le Gouvernement prendra de toutes façons ses responsabilités. Mais il veut donner toute sa chance au dialogue.
Il faut, en premier lieu, donner à tous les Français les éléments dont ils ont besoin pour se forger une opinion. On croit trop souvent connaître le sujet et les problèmes des régimes de retraite. Or, il subsiste un grand retard dinformation sur les enjeux de la réforme, sur les solutions qui peuvent y être apportées, sur la manière dont nos voisins européens ont abordé ces questions. La première responsabilité du Gouvernement, cest dapporter cette information aux Français. Il le fera. Je souhaite aussi que les forces politiques du pays, les partenaires sociaux mais également le monde associatif ou les médias y prennent toute leur part. Sans vrai débat, il ny aura pas de vraie réforme, cest-à-dire de réforme acceptée et partagée. Cest cette phase dinformation et découte que MM. FILLON et DELEVOYE ont récemment entamée. Jai confié à François FILLON la responsabilité de la réforme en liaison étroite avec Jean-Paul DELEVOYE. Jai souhaité que les deux ministres travaillent de concert car il sagit dabord de dégager des principes communs à lensemble des Français. Dès les prochains jours, des débats seront organisés au sein de chaque Conseil économique et social régional. Le débat doit être aussi régionalisé comme le seront maintenant tous nos débats nationaux. Dès le 6 février, les Ministres recevront ensemble les organisations syndicales pour écouter leurs propositions et leurs réactions aux orientations que jai dessinées. Cette action se déroulera pendant tout le mois de février. Ensuite, à partir de mars, le Gouvernement discutera avec lensemble des acteurs et bien évidemment dabord avec les partenaires sociaux. Le dialogue social sera formalisé avec eux. Nous discuterons alors des grands principes de la réforme, mais aussi du contenu précis des décisions à prendre, avec la volonté de trouver le maximum de points de convergence entre les propositions. Si nécessaire, nous mettrons en place des groupes de travail pour approfondir les sujets les plus techniques. Notre méthode sera aussi ouverte que nos partenaires le souhaiteront. Je pars du principe quentre interlocuteurs responsables et également soucieux de lavenir de nos retraites, de nombreux points daccord peuvent être dégagés si chacun y met du sien. En conclusion de ce dialogue, que je souhaite aussi approfondi et conclusif que possible, le Gouvernement présentera son projet au cours du printemps. Il sera soumis naturellement au débat. Puis, viendra le temps de la décision. Dans une démocratie, cest la responsabilité du Gouvernement et du Parlement. Sous lautorité du Président de la République, je présenterai le projet de loi pour lavenir des retraites avec lobjectif dun vote du Parlement avant lété. Je suis prêt à engager la responsabilité de mon Gouvernement devant le Parlement. Voilà, Mesdames et Messieurs, les propositions, la méthode, le calendrier et les principes qui fonderont laction du Gouvernement. Il sagit de sauver nos régimes de retraites que trop dattentisme a mis en
péril. Il sagit de dessiner la société française que nous voulons léguer à nos
enfants. Il sagit dassurer un partage équitable du financement de nos
retraites entre les générations. Il sagit tout simplement de conforter et de
cimenter le pacte social français. ***RETOUR |
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