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 UNITE n°766 du 9 octobre 2001

 

LES INVITES


Même concentrés sur 3 jours, les travaux du congrés ont laissé un espace important d'expression à trois invités dont les messages étaient attendus.

€ Serge Brichet de la MAI, au moment où la mutualié française voit son cadre juridique redéfini face aux exigences de l'Union Européenne.

€ Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, dont les objectifs à la tête de la principale fédération de l'Education Nationale sont voisins de ceux du Groupe des Dix pour réduire les divisions du mouvement syndical français.

€ Susan George, économiste et vice-présidente d'ATTAC, «figure» éminente du combat idéologique mené contre les excès du libéralisme.

Aux côtés de ceux qui sont montés à la tribune, de nombreux amis du SNUI étaient présents à La Rochelle, de nombreux autres ont envoyé des messages et deux syndicats de la DGI avaient délégué un représentant : le SNADGI-CGT et la CFDT.


Susan GEORGE (ATTAC)

Présentée par Gérard Gourguechon, celle qui a contribué largement par son discours et ses analyses à réduire l'arrogance des «libéraux pur sucre» dans tous les grands pays développés, a été écoutée à La Rochelle avec une attention toute particulière et ses trois quarts d'heure d'explications limpides ont paru très courts.

Susan a montré en quoi la mondialisation était un mot piège : «on a l'air d'avancer tous ensemble, en fait c'est un processus qui exclut».

La force des technologies nouvelles, jointe aux stratégies des grandes firmes transnationales (décidées à réduire les pouvoirs des Etats et des services publics), tout concourt à faire croître la bulle financière et à développer le champ des possibilités de profit. Les visées du libéralisme paraissent d'autant plus conquérantes que de nombreux responsables politiques s'affichent à son service et qu'il dispose d'une puissance de lobbying inimaginable pour imposer l'idée que la liberté d'investissement est inaliénable.

Tout cela fait que, pendant longtemps, l'idée de s'opposer à ce raz de marée a paru utopique bien que les inégalités n'aient cessé de se développer partout, dans les pays développés et surtout dans les pays les plus pauvres.

Tout a changé, selon Susan, lorsqu'en 1998 les négociations sur l'AMI ont capoté suite à une mobilisation dénonçant la confidentialité de discussions pourtant essentielles pour les peuples.

En fait, le vent a tourné lorsqu'il a été possible de montrer que tout ce qui gravitait autour de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) constituait une menace contre la démocratie. La libre circulation des biens a été un premier palier, la libre circulation des capitaux a suivi et la troisième étape vise désormais à rendre «marchand» et librement accessible le secteur des services comprenant la santé et l'éducation. Le tout concourt à concentrer les productions et les fortunes, à accroître les écarts entre pays du Nord et du Sud, mais la démesure de l'entreprise commence à faire réfléchir et les peuples acceptent de moins en moins que le marché s'occupe de tout, que le monde soit une marchandise.

Le fait qu'on ait dépensé des centaines de millions de dollars aux USA pour faire croire à l'ensemble de la planète que l'idéologie ultra-libérale allait de soi ne doit pas nous impressionner, les possibilités de réagir existent.

Selon Susan, la France (avec ses valeurs républicaines) est un terrain privilégié de résistance, mais il faut se battre au niveau international et avancer des solutions comme la taxe Tobin ou encore un impôt sur les fusions et acquisitions transfrontalières.

«Comment on partage le gâteau ?», c'était la question posée jusqu'ici face au développement du capitalisme. Désormais, la question devient, selon Susan George, «qui a le droit de survivre ?». C'est autrement plus angoissant et terrifiant, la brutalité des grands groupes transnationaux et de leurs serviteurs paraissant sans limites.

Raison de plus pour accélérer les prises de conscience et affirmer partout qu'un autre monde est possible comme l'a montré le premier forum social mondial de Porto Alegre.


Gérard ASCHIERI (FSU)

 

Le nouveau responsable de la principale fédération syndicale de l'Education Nationale était attendu à La Rochelle pour qu'il précise où en était le projet de création d'un lieu permanent de rencontre entre syndicats, projet destiné à enrayer les incessantes fragmentations du mouvement social français.

Dès ses premiers mots à la tribune, Gérard a fait état de l'ancienneté des relations entre le SNUI et la FSU, mais le travail commun peut et doit progresser à son sens tant les cultures des deux partenaires présentent de fortes similitudes (indépendance, syndicalisme de proximité, recherche de transformation sociale et d'un développement de l'homme).

Abordant le grand sujet de l'unité à reconstruire, le secrétaire général de la FSU a expliqué qu'il fallait faire naître un lieu ouvert de rencontre et de travail, mais que pour l'instant son organisation avait surtout enregistré des «non réponses». Pour autant l'entreprise ne s'arrêtera pas et le prochain conseil fédéral organisera les échanges avec ceux qui ont répondu favorablement (dont le SNUI).

Gérard a ensuite brièvement abordé trois préoccupations communes : la conquête d'une véritable représentativité auprès des pouvoirs publics, l'évolution de la Fonction Publique (fort renouvellement des effectifs dans les prochaines années et entreprise de modernisation technocratique), la mise en place de l'ARTT sur le socle des propositions de «l'illusionniste Jacques Roché».

Sur ce dernier dossier, la FSU pense comme le SNUI que les fonctionnaires dans leur ensemble ne sont «pas bien partis» et qu'il faut impérativement essayer de construire un front plus uni dès la rentrée de septembre.


Serge BRICHET (Mutuelle des Agents des Impôts)

 

Dans un contexte difficile de transformation du Code de la Mutualité pour satisfaire aux prescriptions de la Communauté européenne, le secrétaire général de la MAI a choisi d'aborder deux sujets prospectifs : le statut fiscal de la cotisation mutualiste et le rapprochement des mutuelles du MINEFI.

Mutualité et fiscalité

Après avoir rappelé qu'une partie de plus en plus importante de la population renonçait aux soins médicaux par manque d'argent (et alors même que 99 % des résidents français ont droit à la Sécurité Sociale), Serge Brichet a souligné combien l'absence fréquente de couverture complémentaire accentuait la dégradation de la situation.

Face aux opérations de séduction des assureurs privés proposant des protections aux contenus très divers - et qui ne contribuent certainement pas à l'égalité d'accès aux soins - il est temps de proposer le développement de couvertures à caractère viager et solidaire qui ne laissent personne sur le bord du chemin. Pour parvenir à ce mieux, il faut assurément utiliser la fiscalité comme moyen incitatif d'adhérer à de véritables mutuelles.

«La fiscalité est utilisée dans bien des domaines, mais pas pour ce qui nous intéresse» a souligné Serge Brichet en rappelant que les contrats de groupe du secteur privé ou les dispositions de la loi Madelin pour les artisans accordent des avantages fiscaux.

La MAI réclame donc, avec l'ensemble du mouvement mutualiste, la mise en place d'un crédit d'impôt pour les cotisations facultatives versées en contrepartie de couvertures solidaires et viagères.

Le rapprochement des mutuelles du MINEFI

La démarche de rapprochement des mutuelles du ministère implique essentiellement les trois grands secteurs du Trésor, des Douanes et des Impôts et elle répond au souci, à terme, de mieux maîtriser la gestion des risques.

Dans l'immédiat, il n'est pas question de fusion mais d'harmonisation des cotisations et des prestations, il s'agit aussi de préparer ensemble une réforme des offres pour convaincre les jeunes fonctionnaires qui vont rejoindre les services dans les années à venir de faire le choix mutualiste.

Un groupe de travail est en place depuis le mois de mars 2001 et la MAI s'investit à fond dans une entreprise destinée à mieux maîtriser l'avenir.

En concluant son intervention, Serge Brichet s'est félicité de la qualité des relations entre le SNUI et la MAI et de l'identité des vues sur l'essentiel du dossier de la défense des droits sociaux.

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