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Politiques
Le projet socialiste au banc d'essai
(1/7) : Faut-il fusionner impôt sur le revenu et CSG ?
Derrière la fiscalité, le
choix d'un modèle social
par Muriel GREMILLET
QUOTIDIEN : mercredi 24 mai 2006
C'est entendu, l'impôt est de gauche. D'ailleurs, la question de la
fiscalité figure en bonne place dans le préprojet des socialistes
pour 2007. La création d'une «fiscalité citoyenne» pourrait être à
l'ordre du jour, par une réforme technique en deux temps. D'abord,
transformer la CSG (contribution sociale généralisée), créée par
Michel Rocard en 1990 et qui finance en grande partie la protection
sociale, en impôt progressif. C'est-à-dire modulé en fonction des
revenus, alors qu'aujourd'hui un même taux de CSG s'applique quel
que soit le montant du revenu concerné. Suivrait une deuxième étape,
plus ambitieuse et plus polémique : fusionner, après discussion avec
les partenaires sociaux, l'impôt sur le revenu (IR), progressif, et
cette nouvelle CSG. Pour construire «un impôt citoyen, transparent
et prélevé à la source des revenus».
Pivot. Autant la première étape de la réforme est susceptible
de mettre tout le monde d'accord, autant la seconde a déjà commencé
à diviser. Au sein même du PS (Jack Lang y est opposé, comme Martine
Aubry ou DSK, alors que François Hollande soutient l'idée) et
au-delà. «Je leur ai dit que c'était un coup à faire défiler dans la
rue la CGT et FO», explique ainsi un spécialiste de la fiscalité.
«Le risque est de mettre tout simplement en cause le financement de
la protection sociale, explique ainsi Jean-Christophe Le Duigou de
la CGT. Derrière cette simplification il y a une reprise en main par
l'Etat.» Les syndicats, qui gèrent de façon paritaire les organismes
de protection sociale et défendent la logique de financement par les
cotisations, seront difficiles à convaincre.
Vincent Drezet, du Snui (Syndicat national
unifié des impôts), relève aussi des difficultés techniques :
l'IR est modulé par le quotient familial, la CSG non. L'un est perçu
décalé dans le temps, l'autre à la source, et les assiettes sont
différentes. Mais «cette question technique, en fait, cache un vrai
débat de société, dit-il. Quel modèle social voulons-nous ?»
Jusqu'en 2000, quand a été amorcée une politique de baisse de l'IR,
celui-ci était théoriquement le pivot d'une politique de
redistribution, permettant de gommer des inégalités et de financer
la politique de l'Etat. «Depuis qu'on baisse l'IR, celui-ci ne joue
plus son rôle, poursuit Vincent Drezet.
Sa refonte est nécessaire, en supprimant par exemple les niches
fiscales ou en le rendant à nouveau plus progressif. Il y a déjà
beaucoup de travail sur l'IR sans avoir en plus besoin de parler de
fusion avec la CSG.»
Perfide. Tirer un fil de l'édifice fiscal suppose de
s'atteler à un nombre de réformes qui dépasse la simple volonté de
simplifier le système fiscal. Derrière l'IR et la CSG se cache la
question de cotisations sociales payées par les employeurs, que le
PS souhaiterait asseoir sur la valeur ajoutée et pas seulement sur
les salaires. Puis celle de la fiscalité locale, environnementale,
de la taxe professionnelle, de l'impôt sur les sociétés. Là aussi,
pas d'unanimité au sein du PS. «On ne peut que se féliciter du
retour d'un débat sur l'impôt à gauche», dit
Vincent Drezet. Qui ajoute, perfide : «On trouve toujours de
l'intérêt à l'impôt, surtout quand on est dans l'opposition.»
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