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Les héritiers de la «
France d'après »
Cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, la
suppression des droits de succession fait débat. Faut-il, oui ou non,
taxer la transmission des « fruits du travail » ? Marianne2007.info
éclaire les enjeux de la proposition la plus audacieuse du candidat de la
« rupture ».
« Je propose que chacun puisse
transmettre à ses enfants sans aucun droit de succession le patrimoine
constitué tout au long d'une vie de travail. » C'était les mots
de Nicolas Sarkozy, le 22 juin 2006, à
Agen. L'idée n'est pas nouvelle. Depuis qu'il est candidat à la
fonction suprême, le président de l'UMP martèle cette proposition,
sans jamais vraiment la détailler. A l'heure où la fiscalité des
droits de succession connaît un bain de jouvence, sous l'impulsion de
la réforme initiée par Pascal Clément, Marianne2007.info s'intéresse
au destin des héritiers de l'après-2007.
Flou économique
Selon les économistes de
Débat2007, une suppression totale des droits de succession
coûterait entre 6,3 et 6,65 milliards d'euros à l'Etat. Une estimation
« à la louche », selon Jean-Damien Pô, responsable du site
dédié à l'élection présidentielle de l'Institut de l'entreprise. Le
calcul est simple : en 2005, les recettes fiscales étaient de 7,338
milliards. « On évalue la mesure entre 90 et 95% de cette somme,
sachant qu'on peut imaginer un plafonnement », explique le
spécialiste. A l'appui de Nicolas Sarkozy, François Fillon met en
avant le fait que les héritiers dépenseront cet argent et se
soumettront ainsi à la TVA : une façon pour l'Etat de récupérer de
l'argent. « Mais aucun économiste ne peut faire de projections sur
ce sujet », s'excuse Jean-Damien Pô, qui précise que la «
formulation de Nicolas Sarkozy est trop floue pour définir une règle
fiscale».
Tout ou rien
La plongée au cœur des approximations se poursuit avec l'expression :
« vie de travail ». Immédiatement, on pense aux revenus
accumulés par les ménages au fil d'une vie de salariat. « En
réalité, estime Vincent Drezet,
chargé de la fiscalité au Syndicat national
unifié des impôts (Snui), il est impossible d'édicter une
règle fiscale qui dissocierait ces revenus des autres. » Selon
lui, une telle mesure, si elle venait à passer, toucherait forcément
l'ensemble des biens à transmettre et pas seulement ceux issus du
« travail ». Plus grave, au-delà du manque à gagner pour l'Etat,
Vincent Drezet pointe l'augmentation des
inégalités qui découlerait de la suppression de cet impôt.
Le droit à l'inégalité ?
Ses arguments : grâce aux abattements mis en place par Nicolas Sarkozy
lorsqu'il était ministre des Finances en 2004, il est déjà possible de
léguer jusqu'à 100 000 euros à ses héritiers directs, sans que l'Etat
ne prélève un centime. Sans compter les donations du vivant des
parents, ramenées à 50 000 euros tous les six ans. Des exonérations,
selon lui, à même de couvrir les transmissions de la plupart des
foyers. Alors que l'Etat ne perçoit de droits de succession que sur
41% des héritages donnant lieu à déclaration, il dénonce donc une
mesure « faite pour les plus riches ». Et il n'est pas le
seul à voir dans cette proposition un ferment d'impopularité du
ministre-candidat…
Un slogan dangereux
Même dans son camp, Nicolas Sarkozy rencontre des réticences sur ce
point. Alain Lambert, ancien ministre délégué au Budget proche des
idées du président de l'UMP, reconnaît lui-même qu' « il faut bien
continuer à prélever quelques impôts, sauf à ce que l'Etat n'ait plus
les moyens d'accomplir ses missions ». Quant à Pierre
Méhaignerie, président de la commission des finances de l'Assemblée,
il prévient que le « slogan : tout pour les riches » pourrait
carrément faire perdre les élections. En embuscade, Dominique de
Villepin veille. En septembre, il a pris position « pour les
classes moyennes », en opposition au projet d'exonération des
droits de succession. Si Nicolas Sarkozy y revenait, son patrimoine de
popularité pourrait s'en trouver fortement grevé. Mais, curieusement,
il se fait de plus en plus discret sur le sujet.
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