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Samedi 13 Janvier 2007
Impôts : zéro pour les énarques !
Par Hervé Nathan, rédacteur en chef à
Marianne.
Il faudra que le débat à distance entre François Hollande et Jean-François
Copé soit enseigné aux futurs élèves de l'Ecole nationale d'administration
(ENA).
Et pour cause : deux anciens élèves viennent d'être pris en faute. Premier
temps. François Hollande, premier secrétaire du PS, propose de supprimer les
baisses de l'impôt sur le revenu pour les personnes gagnant plus de 4 000
euros net par mois. Et d'affirmer que cela concerne 200 000 personnes. Zéro,
élève Hollande ! A ce niveau (si l'on considère qu'il s'agit d'un revenu
fiscal net d'un ménage, ils seraient plutôt 400 000 à 500 000
(source : Vincent Drezet, Snui). Hollande a dû
penser aux 200 (mille) familles… Mais le Front populaire est loin.
Deuxième temps, Jean-François Copé, lui même ancien élément brillant ,
annonce un chiffre encore plus faux : 1,2 millions de familles ! Deux zéro,
élève Copé ! Puisque vous n'avez même pas consulté les anti-sèches de vos
services. (Copé est ministre du Budget en exercice !)
Il apparaît donc que les diplômés de l'ENA seraient :
1. Incapables de remplir une feuille d'impôts. Peut-être est-ce leur
compagne (Ségolène) ou épouse (Valérie) qui se tapent la corvée annuelle
(comme l'auteur de ses lignes, avouons-le) ?
2. Incapables, ce qui est plus grave, d'avoir une idée de ce que rapporte le
travail en France, de ce que sont les « classes moyennes », et les « classes
supérieures ».
Hollande situe à 4 000 euros net le début de la richesse. C'est vrai
statistiquement : à ce niveau, on entre dans les 10% des rémunérations les
plus élevées. Mais cette catégorie comprend aussi des revenus en dizaines et
centaines de milliers d'euros par mois. Enfin, 4 000 euros sont un pactole
bien différent selon que l'on vit avec cette somme, seul ou à plusieurs, à
Paris ou en province, que l'on est propriétaire ou locataire, etc (1). Copé,
de son côté, balance que 40 00 euros par mois, c'est le salaire de fin de
carrière d'un conducteur de TGV. Cette fois-ci c'est la direction de la SNCF
qui lui a fait la leçon, affirmant qu'à la SNCF, on plafonne à 3 200 euros…
Sur ce genre de sujet, il faut rappeler trois faits bruts :
1. La moitié des salariés en France gagne moins de 1 500 euros par mois.
L'injustice des revenus provient donc d'abord de salaires trop bas.
2. Au point de complexité où nous sommes parvenu, il n'y a pas de justice
fiscale possible en France sans une vraie réforme.
3. Le peuple consent les impôts (au travers de ses représentants). Si son
consentement faiblit, c'est qu'il a le sentiment que l'argent n'est pas
utilisé comme il faudrait. Des pays vivent avec des impôts plus élevés,
comme la Suède. Mais les citoyens suédois sont persuadés que la richesse
commune est bien employée. Et c'est sans doute ce débat-là qu'il faudra
avoir avant tout autre.
Ségolène (elle aussi énarque), a préféré demander une mission à quatre «
experts (dont DSK et Didier Migaud). Mais en annonçant « pas de fiscalité
nouvelle qui décourage le travail et l'effort », elle reprend la démagogie
de Raffarin et Villepin, qui pendant cinq ans, ont justifié les baisses
d'impôts dont les plus aisés des contribuables ont été les bénéficiaires
prioritaires. Elle a donc ajouté de la confusion politique à la cacophonie
de Hollande et Copé !
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(1) Ajoutons qu'au-dessus de 4 000 euros net, on trouve tous les
responsables de rédaction de la presse, des radios et des télévisions, et
même des journalistes « de base ». Il faudra aux citoyens avoir ce fait à
l'esprit lorsque débutera un vrai débat sur les impôts.
Hervé Nathan |