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Fiscalité
Sarkozy tueur incognito
Élu, il proposera une déduction qui ira
jusqu'à 50 000 euros.
Par Muriel GREMILLET
QUOTIDIEN : mercredi 24 janvier 2007
Mieux qu'un hold-up. En une
phrase, Nicolas Sarkozy, le candidat de l'UMP à l'élection
présidentielle, vient d'annoncer qu'il voulait, de fait, supprimer
l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Dans une interview au
Monde, il a déclaré que, s'il était élu, il souhaitait ouvrir la
possibilité «à ceux qui paient l'ISF de déduire une somme de cet
impôt, par exemple jusqu'à 50 000 euros, à condition de l'investir dans
les PME». En français courant, pour les non-fiscalistes, il s'agit
purement et simplement de «vider de toute substance l'impôt sur la
fortune», explique Vincent Drezet, le
secrétaire national du Snui
(Syndicat national unifié des impôts).
Le mécanisme est simple : un
contribuable assujetti à l'ISF qui investit jusqu'à 50 000 euros par an
dans une PME pourrait immédiatement déduire cet investissement de la somme
qu'il paie au titre de l'ISF. D'après les calculs du
Snui, près de 95 % des contributeurs de
l'impôt de solidarité sur la fortune pourraient y échapper contre un tel
investissement. En effet, ces contribuables déclarent un patrimoine moyen
de 3,8 millions d'euros. Et s'acquittent, en moyenne, d'un ISF de 17 000
euros par an. Pour eux, «investir 50 000 euros tous les ans dans une
PME, c'est loin d'être infaisable», note
Vincent Drezet.
La réduction promise par Sarkozy est
quasi inédite dans l'histoire fiscale. Pour retrouver un tel système, il
faut remonter à la décision d'Edouard Balladur, ministre des Finances
entre 1986 et 1988, d'autoriser la déduction de la totalité des salaires
d'employés à domicile de l'impôt sur le revenu. Une mesure qui a disparu.
«D'habitude, on applique un coefficient, on n'applique jamais un taux
à 100 %», poursuit le Snui.
Pas sûr que Nicolas Sarkozy et son
équipe ne finissent pas par rétropédaler dans les jours à venir. La
proclamation d'une telle déduction a fait flotter une partie de la
majorité toute la journée d'hier, certains députés ne masquant pas leur
inquiétude face à la mesure. Car le candidat UMP supprime, de fait, l'ISF,
dont il promet le maintien dans la même interview. Déjà en décembre, dans
l'émission Ripostes, sur France 5, Sarkozy assurait être «contre la
suppression de l'ISF», ajoutant : «Quand on a gagné beaucoup
d'argent, il est normal de payer plus d'impôt que les autres.»
Alors, à droite, on ergote : «L'ISF
n'est pas supprimé, dit Dominique Paillé, le député UMP des
Deux-Sèvres. On n'y touche pas, on aide les entreprises pour permettre
d'aider l'investissement.» Une mesure qui vient s'ajouter à
l'abaissement à 50 % du bouclier fiscal permettant aujourd'hui à un
contribuable de limiter sa note d'impôt à 60 % de ses revenus.
«Ce qui compte, c'est la
croissance, l'investissement, le travail», répète-t-on à l'UMP. Un
programme qui vide l'ISF de sa substance sans aller jusqu'à assumer sa
suppression. Il est vrai qu'il y a des symboles difficiles à abattre. Même
lorsqu'on promet la «rupture».
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