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Bercy opte pour une fusion « totale »
des Impôts et du Trésor public
[ 05/10/07 ]
Présentée hier par le ministre du Budget aux
syndicats et aux 130.000 agents, la fusion, différée depuis 2000, entre dans
sa phase de concrétisation. Les contribuables auront accès d'ici à 2012 à un
guichet fiscal unique.
Le gouvernement a choisi l'option la plus radicale pour réorganiser la
gestion des quelque 500 milliards d'euros d'impôts collectés chaque année
par l'État et les collectivités. Le ministre du Budget, des Comptes publics
et de la Fonction publique, Éric Woerth, a présenté hier un « schéma de
fusion complète » de la Direction générale des impôts (DGI), qui calcule
l'impôt, et de celle de la comptabilité publique (DGCP ou Trésor public),
qui le collecte. « Ce n'est pas une administration qui absorbe une autre, ce
sont deux administrations de compétence égale, de qualité égale », a assuré
Eric Woerth. Le gouvernement aurait pu opter pour l'intégration des seules
missions fiscales du Trésor public avec la Direction des impôts, mais cette
option aurait déséquilibré les deux parties et mécontenté les syndicats
(lire ci-dessous).
Meilleur rendement
Pour les usagers, la réforme fait sens : les contribuables sont encore
nombreux à se tromper, en adressant leur paiement au centre des impôts et à
demander des renseignements sur leur avis d'imposition à la trésorerie. Dans
500 villes, les services se regrouperont en un guichet unique avec un seul
interlocuteur pour le contribuable, à l'instar de la réforme déjà réalisée
pour les entreprises. Dans les zones rurales, les 2.000 trésoreries ne
fermeront pas et offriront « une prestation globale de conseil financier ».
Pour l'État, la réforme doit permettre « une amélioration du rendement des
recettes publiques », notamment en matière de recouvrement et de lutte
contre la fraude. Pour les quelque 130.000 agents (75.000 à la DGI et 55.000
à la Comptabilité publique), enfin, la fusion doit « ouvrir l'espace » des
perspectives professionnelles.
Éric Woerth, qui sait qu'en 2000, face à l'opposition des syndicats, la
réforme avait coûté son poste à Christian Sautter, avance cette fois avec
prudence. Contrairement à son prédécesseur, il a d'abord présenté la
décision aux organisations syndicales, hier matin, puis adressé une lettre à
tous les agents concernés avant, seulement, de rencontrer l'encadrement hier
après-midi. Le gouvernement se donne aussi du temps pour réformer : « Tout
ne se fera pas tout de suite », a temporisé le ministre du Budget. Une
mission a jusqu'au printemps pour présenter l'architecture du futur
ensemble, mais le gouvernement se donne jusqu'à la fin du quinquennat pour
achever la mise en oeuvre du guichet fiscal unique.
« Un investissement »
Depuis sept ans, les deux administrations de Bercy ont également beaucoup
changé. Dans de nombreuses villes, les services ont déjà été physiquement
regroupés dans des « hôtels des finances ». Et 200 expérimentations ont été
menées pour accoutumer les agents aux compétences des services voisins.
Enfin, le ministre du Budget a refusé d'entrer dans des considérations
budgétaires, contrairement au projet imposé il y a sept ans. Tout juste
a-t-il concédé que l'ensemble « coûtera à terme moins cher, j'imagine »,
grâce à des « économies d'échelle pour les fonctions support ». Mais, a-t-il
surtout insisté, « toute réforme est un investissement, et je pèse mes mots
». La fusion ne devrait toutefois pas relancer le dossier de l'impôt à la
source, une réforme de modernisation ardemment défendue par Thierry Breton
mais peu goûtée par l'Élysée.
VÉRONIQUE LE BILLON
Le projet évite
soigneusement de braquer les syndicats
[ 05/10/07 ]
Éric Woerth réussira-t-il là où Christian
Sautter a échoué en 2000 ? Son projet n'a pas suscité de levée de boucliers
des syndicats. Mais il va devoir être attentif à rassurer les agents sur
leurs perspectives.
Il est parfois des contrastes saisissants. En mars 2000, la décision de
mettre en place une administration fiscale unique provoquait la colère des
syndicats et un mouvement social majeur, contraignant Lionel Jospin à faire
machine arrière et à se séparer de son ministre des Finances, Christian
Sautter. Hier, seule la CGT a publié dès l'annonce de la réforme de Bercy un
communiqué pour exprimer son mécontentement où elle explique « refus(er) de
s'inscrire dans une logique d'accompagnement de la réforme » et appelle à
manifester le 18 octobre aux côtés des salariés des régimes spéciaux. Pour
l'instant, aucune réunion intersyndicale n'est programmée.
« Faire plaisir à tout le monde »
Il est vrai que le ministre des comptes s'y est pris habilement. « Il essaie
de faire plaisir à tout le monde », commente un syndicaliste. Exit, le
prélèvement à la source, vu d'un mauvais oeil par les fédérations des
finances. Exit aussi le projet de concentration du pouvoir à la seule
direction des impôts, qui avait mis le feu aux poudres il y a sept ans.
Force ouvrière, qui est fort au Trésor, peut être satisfait du fait que le
projet repose sur un interlocuteur fiscal unique.
Le Syndicat national unifié des
impôts peut se retrouver dans la perspective de deux filières pour la future
direction, dont l'une centrée sur l'imposition. La référence à des
maisons des services fiscaux ne peut pas mécontenter la CGT. Et le ministre,
qui a pris soin d'informer en amont les fédérations, laisse le temps à la
concertation.
Tout n'est pas pour autant complètement joué pour le gouvernement. Au
printemps 2000, l'inquiétude des agents quant à leur sort personnel avait
largement contribué à l'ampleur à la mobilisation sociale. Bercy va devoir
rassurer vite sur l'articulation des deux futures filières, les garanties
offertes en cas de mobilité, les déroulements de carrière mais aussi les
rémunérations... Faire travailler ensemble des agents des impôts et du
Trésor pourra se révéler délicat car si l'on excepte les cadres A
comptables, les premiers sont mieux payés que les seconds (la différence
démarre à 550 euros annuels pour les catégories C et peut aller jusqu'à
2.000 euros pour certains fonctionnaires de la catégorie A). Mais Éric
Woerth l'a bien compris, qui a laissé entendre qu'il dégagerait des marges
de manoeuvre budgétaires.
LEÏLA DE COMARMOND |