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Nicolas Sarkozy :
investir son ISF dans une PME
Les Echos " décryptent chaque jour une mesure
phare de la campagne électorale
La mesure
" Il n'y aura pas de suppression de l'impôt
de solidarité sur la fortune si je suis président de la République. Il est
normal que ceux qui ont les plus gros patrimoines paient davantage ",
assure Nicolas Sarkozy. En revanche, il propose aux quelque 450.000 ménages
français assujettis à l'ISF de transformer leur impôt - avec un plafonnement
à 50.000 euros - en investissement dans les PME. Cela pourrait se faire dans
toutes les PME, qu'elles soient cotées ou non, mais les apports en capital
par le biais de fonds communs de placement ou de sicav seraient exclus.
L'objectif affiché est de " faire revenir les patrimoines et créer une
nouvelle génération de capitalistes familiaux, qui investissent dans les
petites et moyennes entreprises et au service de l'emploi ". " Je
veux que tous ceux qui ont des projets puissent les financer et pas
seulement dans la high-tech ou dans Internet ", explique Nicolas
Sarkozy.
Son coût
Potentiellement, cette mesure peut supprimer
l'essentiel des 3,6 milliards d'euros de recettes collectées au titre de l'ISF
l'an dernier. Un montant d'ISF de 50.000 euros correspond en effet à un
patrimoine taxable d'environ 6 millions, au-delà duquel il ne reste
qu'environ 3 % des assujettis à l'ISF. Le barème étant toutefois très
progressif, ceux-ci acquittent plus d'un tiers du produit de l'ISF. Couplé
au plafonnement des impôts à 50 % des revenus également proposé par Nicolas
Sarkozy, l'ISF pourrait alors disparaître complètement.
Ce qu'en disent les experts
Le patronat, dans son ensemble, a salué une " mesure
qui va dans le bon sens " (CGPME) et une " manne de financement pour
les PME dynamiques en devenir " (Centre des jeunes dirigeants). Pour
autant, économistes et fiscalistes sont moins certains de la pertinence de
la mesure. " Il n'est pas dit que les PME n'arrivent pas à grossir par
manque de fonds propres. Va-t-on investir dans celles qui ne manquent pas de
financement, ou dans celles qui vont bientôt mettre la clef sous la porte ? ",
questionne Jean-Yves Mercier, avocat associé de CMS Bureau Francis Lefebvre.
" La seule vraie mesure est la suppression de l'ISF. Elle serait
infiniment plus rentable pour l'économie qu'un investissement
potentiellement hasardeux dans les PME. " Pour Henri Sterdyniak,
économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques, cette
mesure est " une nouvelle niche fiscale et donc un nouveau champ d'action
pour les conseillers fiscaux. Les gens qui paient beaucoup d'ISF
appartiennent souvent à des familles d'entrepreneurs, qui pourront dès lors
investir dans des PME bidons. "
Quant au Syndicat national unifié des impôts (Snui), il estime que la mesure
va favoriser " le développement des inégalités sur fond de (re)constitution
de rentes ". Il juge en outre que le " manque à gagner budgétaire se
répercuterait soit sur le niveau de services publics offerts à la
population, soit sur d'autres impôts ".
Ce qu'en disent les autres candidats
L'ISF ne figure pas dans le pacte présidentiel
de Ségolène Royal, qui a indiqué qu'elle ne souhaitait pas modifier cet
impôt. En revanche, François Bayrou se dit " partisan d'une imposition
sur le patrimoine à base large, mais à taux léger ". Il critique tout à
la fois " un argent qui va s'investir chez nos voisins " pour
échapper à l'ISF et un impact " plein pot " sur les classes moyennes
supérieures " frappées par l'explosion de l'immobilier ". Il propose
une imposition sur le patrimoine dès 750.000 euros (le seuil d'entrée
actuel, à 10.000 euros près), mais " sans plus aucune niche défiscalisée
ni exemptions ". Actuellement, les oeuvres d'art ou le patrimoine
professionnel sont exclus de l'assiette. François Bayrou propose d'appliquer
un taux d'imposition de 1 pour mille. Cela modifie profondément la logique
de l'ISF, qui passerait ainsi d'un impôt progressif, en fonction de ses
moyens, à un impôt proportionnel. Les gros patrimoines pourraient être très
avantagés.
VÉRONIQUE LE BILLON
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