« Le
beurre et l'argent du beurre ». Le Snui, premier syndicat de la
direction générale des impôts a ainsi qualifié le relèvement de
l'abattement de l'ISF sur la résidence principale, adopté mardi soir à
l'Assemblée. Le syndicat a fait ses calculs, la mesure profitera ,comme
presque toutes les autres dispositions du « paquet fiscal », surtout aux
contribuables les plus aisés.
L'abattement de l'ISF applicable à la résidence principale est désormais
de 30%, au lieu de 20%. Il a été relevé par un amendement au projet de
loi sur le « paquet fiscal » défendu mardi soir par le rapporteur du
budget Gilles Carrez et le président de groupe UMP Jean-François Copé.
Ce dernier s'en est expliqué au Figaro : « ce n'est pas non plus une
révolution mais cela permet à un certain nombre de contribuables des
classes moyennes et moyennes supérieures qui se sont trouvées
brutalement assujettis à l'ISF de bénéficier de ce type d'exonération ».
Du côté du Snui, on
« regarde plutôt favorablement un geste sur la résidence principale. »
« Parce que dans l'esprit collectif, c'est ce qui correspond le mieux au
fruit d'une vie de travail »,
explique Vincent Drezet, secrétaire national du Snui.
Mais selon Vincent Drezet,
« on ne peut avoir à la fois la résidence principale moins taxée et des
abattements importants qui permettent en réalité, par la donation, de
faire circuler du patrimoine en franchise d'impôt et à terme d'accélérer
les inégalités ». Les chiffres de la direction des impôts indiquent
qu'en 2006, 456.000 déclarations d'ISF ont été déposées. Le rendement de
l'ISF s'est élevé à 3,6 milliards d'euros, soit 1,3% des recettes
fiscales nettes. La moitié des contribuables redevables de l'ISF se
situent dans la première tranche du barème : leur patrimoine taxable à
l'ISF est compris entre 760.000 et 1.220.000 euros.
La résidence principale représente environ 15% de la base totale
imposable à l'ISF. Et 24% pour les contribuables de la première tranche.
De fait le Snui a calculé
qu'un contribuable imposable à l'ISF qui réside dans un hôtel
particulier dont il est propriétaire, d'une valeur déclarée de 10
millions d'euros, bénéficiera d'une baisse de son impôt de 15.555 euros.
Si la valeur déclarée de la résidence principale est de 1,2 millions
d'euros, l'abattement est de 660 euros. Si la résidence principale vaut
1 million d'euros, le contribuable n'est plus imposable à l'ISF et
économise 220 euros.
Pour le Snui, une telle
mesure prise isolément n'est pas la plus choquante ni la plus coûteuse
des mesures du paquet fiscal. Mais il déplore qu'elle s'inscrive dans
« un mouvement de recul sans précédent de l'imposition du patrimoine ».
Avec le bouclier fiscal, la réduction de 50.000 euros pour
investissement dans une PME et le relèvement de l'abattement sur la
résidence principale, « il ne subsistera en réalité demain de l'ISF que
le nom », considère-t-il. Car « le coût des différentes mesures risque
fort de dépasser le rendement de l'ISF »,
explique Vincent Drezet.