LExpansion.com du 18 octobre 2007

Sarkozy à l'épreuve du mouvement social

Les opposants à la réforme des régimes spéciaux des retraites descendront dans la rue. Ils seront rejoints par une partie des opposants aux réformes annoncées dans la fonction publique. Le gouvernement s'apprête à traverser une zone de turbulence de plusieurs semaines.

C’est le premier vrai bras de fer imposé à Nicolas Sarkozy et à son gouvernement. Au dessus, plane l’ombre du mouvement social de 1995 qui avait vu Alain Juppé reculer sur la réforme des retraites. La grève prévue jeudi 18 octobre s’annonce massive dans les transports et l’énergie, où les syndicats protestent principalement contre la réforme des régimes spéciaux. Elle sera plus limitée dans la fonction publique où se coagulent des inquiétudes, notamment à l’éducation nationale, aux impôts et à l’ANPE. Mais les syndicats ont divergé sur la tactique. Si la CGT a souhaité jeudi une mobilisation « la plus interprofessionnelle possible », la CFDT n’a pas voulu « mélanger les problèmes ». Tout comme FO, la CFTC et l’Unsa, qui ont souhaité que les fonctionnaires montrent leurs forces seuls, ultérieurement.
La CGT souhaite « ramener le gouvernement à la table des négociations ». Mais elle a cherché à ratisser large, pour éviter de donner l’impression de défendre des intérêts purement catégoriels. « Ce qui se joue à travers l’avenir des régimes spéciaux, c’est une anticipation de la troisième réforme des retraites », prévue en 2008, ne cesse de répéter Bernard Thibault. Soit le passage à 41 annuités de cotisations pour une retraite à taux plein. Puis 42 ans, à terme. Or selon lui, « le gouvernement ne veut pas l’afficher dès maintenant pour essayer de cliver les salariés ». En plus des transports et de l’énergie, la CGT a donc lancé des mots d’ordre de grève dans la métallurgie, l’audiovisuel public ou les aéroports, où des « perturbations » sont à prévoir. A la SNCF, le mouvement entend défendre également le fret et l’emploi, que les syndicats estiment menacés.
Pour que le coup de semonce soit le plus fort possible, La CGT, la FSU et Solidaires se sont efforcées de fédérer les opposants à la réforme des régimes spéciaux et les mécontentements dans la fonction publique. Les motifs de grogne n’y manquent pas. De l’annonce du non remplacement d’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite au refus du gouvernement de revaloriser le point d’indice des salaires. Le premier syndicat des impôts, le Snui, a en outre appelé à la grève jeudi pour « peser » sur la fusion des directions des impôts (DGI) et de la comptabilité publique (DGCP). Quatre syndicats de l’ANPE (SNU, CGT, FO et Sud) et deux de l’Unedic et des Assedic (CFT et FO) ont également lancé un mot d’ordre contre la fusion programmée des deux organismes. Des arrêts de travail sont également prévu à la Poste ou à l’Éducation nationale. Une soixantaine de manifestations sont programmées en province. A Paris, un défilé intersyndical partira à 14h30 de la place de la République.
Le gouvernement s’apprête à traverser une zone de turbulences. L’exécutif fait d’ailleurs mine de se préparer à une confrontation dure. Xavier Bertrand, le ministre du travail, a répété plusieurs fois s’attendre jeudi à « une grève très forte ». Même si François Fillon a affirmé « ne pas la redouter », et que Nicolas Sarkozy a rappelé mardi que de toute façon, « la réforme se fera ». A la SNCF, Sud Rail, FO et la FGAAC (syndicat des conducteurs) ont d’ores et déjà voté un mot d’ordre de grève reconductible. Ce n’était pas le choix de la CGT, qui « d’expérience », avait appelé à une grève « carrée » de 24 heures le 18 octobre. Mais la centrale de Bernard Thibault est déjà débordée par certaines de ses troupes. 25 préavis locaux pour une grève illimitée ont été déposés par des syndicats CGT-cheminots, notamment à Lyon et à Marseille. Et un préavis régional identique été voté à Paris Nord. Pour ne pas être en reste, la CGT, à l’instar de cinq autres fédérations de cheminots, brandit la menace d’une grève reconductible après le 18 octobre, « si aucune réponse satisfaisante n’était apportée » à la mobilisation de jeudi. Les six centrales se réuniront lundi prochain pour en juger. Ce même jour, les syndicats de fonctionnaires ont eux aussi rendez-vous pour décider des modalités d’une action nationale à la mi-novembre.