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FISCALITÉ 95 % DES REDEVABLES DE L'ISF
EXONÉRÉS
La réforme Sarkozy réduirait de 60 % le produit de l'ISF
LE MONDE | 25.01.07 | 15h11 • Mis à jour
le 25.01.07 | 15h11
Le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle a décidé de procéder avec
l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) comme le gouvernement de
Jean-Pierre Raffarin avec les 35 heures : en le détricotant. Plutôt que de
prendre le risque politique de supprimer cet impôt comme le demandent une
partie de son camp et le Medef, Nicolas Sarkozy soutient qu'il n'en fera
rien. Mais il préconise une réforme qui, si elle jouait à plein, pourrait
exonérer de l'ISF 95 % de ses redevables, selon des sources syndicales et
administratives.
Selon Richard Beauvais, avocat au cabinet Gide, Loyrette et Nouel, la
proposition principale de Nicolas Sarkozy - donner la possibilité aux
redevables de l'ISF de déduire de leur impôt jusqu'à 50 000 euros à
condition de les investir dans les PME - vise un public dont le patrimoine
net taxable est d'au moins 6,39 millions d'euros. S'y ajouteront les
contribuables concernés par le bouclier fiscal à 60 %, que le candidat de l'UMP
veut porter, en 2007, à 50 % du total des impôts directs (IR, ISF, impôts
locaux) et des contributions sociales (CSG et CRDS) en y intégrant le
plafonnement Juppé.
Au total, selon des évaluations faites par le
Syndicat national unifié des impôts (SNUI) mais aussi par des
sources administratives, plus de 95 % des redevables de l'ISF se
trouveraient exonérés s'ils décidaient d'investir 50 000 euros dans les PME
: soit quelque 430 000 des 450 000 redevables de l'ISF en 2006. Ce chiffre
est évidemment un maximum : il n'est pas sûr, en effet, que la proposition
Sarkozy séduise la totalité de son public potentiel.
Seuls les 20 000 redevables les plus riches, notamment les 8 000 des deux
dernières tranches d'imposition - 1,65 % pour les patrimoines compris entre
7,27 et 15,81 millions d'euros et 1,80 % pour les patrimoines de plus de
15,81 millions d'euros - continueraient de payer l'ISF à hauteur de 38 à 40
% du rendement de cet impôt, soit 1,456 milliards au lieu des 3,64 milliards
attendus en 2006.
"MANQUE À GAGNER"
Même imparfaites, ces évaluations font dire au SNUI qu'"en s'attaquant ainsi
à la fiscalité du patrimoine", Nicolas Sarkozy favorise "le développement
des inégalités sur fond de (re)constitution de rentes". "Quant au manque à
gagner budgétaire, il se répercuterait soit sur le niveau de services
publics offerts à la population, soit sur d'autres impôts", ajoute le
syndicat qui n'exclut pas une hausse de la TVA. Au PS, le secrétaire
national à l'économie et à la fiscalité, Eric Besson, dénonce "les atteintes
portées à l'impôt progressif" et la "formidable hypocrisie" du candidat UMP
sur l'ISF. Il fait aussi remarquer que la baisse de l'impôt sur le revenu
entre 2002 et 2006 n'a pas aidé la France à retrouver les sentiers d'une
croissance forte.
Claire Guélaud
Article paru dans l'édition du 26.01.07 |