Décryptage des mécanismes envisagés par le
gouvernement pour favoriser l'accession à la propriété.
LIBERATION.FR : jeudi 24 mai 2007
De quelles déductions fiscales vont bénéficier
les accédants à la propriété qui contractent des emprunts pour acheter
leur résidence principale ? Le sujet intéresse. Chaque année plus de
600.000 ménages achètent un logement. Pendant la campagne électorale,
Nicolas Sarkozy avait promis des réductions d'impôts sur les intérêts
d'emprunts affirmant en substance qu'il souhaitait faire de la France un
«pays de propriétaires». Il avait en outre précisé que les ménages
non-imposables bénéficieraient d'un crédit d'impôt, c'est à dire d'un
chèque du Trésor public équivalent à une déduction fiscale. Voilà pour le
cadrage politique. Reste à savoir les modalités de mise en œuvre de la
mesure. Dans une interview publiée jeudi par «Les Echos», le ministre du
Budget et des comptes publics, Eric Wœrth, précise que «les intérêts des
emprunts immobiliers pourront être déduits des revenus à hauteur de 20%».
Ajoutant: «Il s'agira d'un crédit d'impôt limité dans le temps, qui
aboutira à des réductions d'impôts significatives». Mais dans les milieux
bancaires, comme au Syndicat
national unifié des impôts (SNUI), on estime que ces propos laissent le
champ libre à diverses hypothèses pour l'application pratique de cette
mesure fiscale. Décryptage par Vincent Drezet, secrétaire national du SNUI.
Qu'avez vous compris de la mesure
annoncée par Eric Wœrth ?
Dans les déclarations du ministre une seule certitude: la mesure sera
applicable aux résidences principales dont l'acte notarié a été signé
après le 6 mai 2007, jour de l'élection présidentielle. Pour le reste, à
la lecture du propos du ministre, de nombreuses questions restent en
suspens sur le dispositif lui-même. Du coup on peut envisager deux
mécanismes.
Lequels ?
Premier point, le ministre parle «d'intérêts d'emprunts pouvant être
déduits des revenus», ce qui peut laisser penser que le mécanisme
consiste à déduire les intérêts d'emprunts du revenu imposable à hauteur
de 20%. Dans ce schéma, un foyer avec deux enfants qui aurait un revenu
imposable de 40.000 euros pourrait déduire jusqu'à 8.000 euros
d'intérêts. Cela ramène donc le revenu réellement imposable de cette
famille à 32.000 euros. En conséquence l'impôt à payer serait de 27
euros seulement au lieu de 1250 euros. Il faut observer que dans ce
système les foyers aisés seraient très favorisés. Exemple: un foyer
fiscal disposant d'un revenu imposable de 100.000 euros et déduisant
20.000 euros d'intérêts d'emprunts pourrait bénéficier d'une réduction
d'impôt allant jusqu'à 6.000 euros. Une telle mesure serait probablement
très coûteuse pour les finances publiques.
Vous ne croyez pas trop à ce système. Quel serait l'autre
scénario fiscal ?
Dans son interview le ministre évoque la mise en place d'un «crédit
d'impôt». Dans ce cas le mécanisme est tout autre. Les intérêts
d'emprunts payés au cours d'une année ne sont pas déduits du revenu du
foyer mais de l'impôt lui-même. Exemple: la famille qui a un revenu
imposable de 40.000 euros et payant 1250 euros d'impôts sur le revenu
va bénéficier d'une réduction de 1600 euros (20% des 8.000 euros
d'intérêts). Dans ce cas, non seulement ce foyer ne paie plus d'impôt
mais se voit rembourser 350 euros en crédit d'impôts. Ce système est
fiscalement plus équitable, car il bénéficie également aux foyers
non-imposables. Une famille ne payant pas d'impôt sur le revenu et
supportant 6.000 euros d'intérêts d'emprunt se verrait rembourser par
le Trésor public 1.200 euros au titre du crédit d'impôt.
Dans ce système quelle serait l'économie pour un foyer fiscal
déclarant 100.000 euros ?
Il continuerait à bénéficier d'un impôt réduit. Mais avec ce système la
réduction serait de 4.000 euros au lieu de 6.000 euros.
Le SNUI estime qu'un tel crédit
d'impôt doit être plafonné pour éviter les effets d'aubaine et pour être
équitable.