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Un nouveau scandale fiscal en Europe
Eclatée en Allemagne il y a quelques semaines,
la vaste affaire de fraude fiscale s'étend sur d'autres pays européens. Et
relance le débat sur les paradis fiscaux.
L'Allemagne vient de vivre un immense
scandale de fraude fiscale, impliquant plus d'un millier de personnes
souvent haut placées, comme Klaus Zumwinkel, patron de la Deutsche Post.
Selon les autorités allemandes, les montants déposés dans des fondations
établies au Liechtenstein pour échapper au fisc allemand se chiffreraient en
milliards d'euros. Il s'avère que parmi les 4 500 comptes figurant sur la
liste secrète de la banque LGT, seulement 1 400 appartiennent à des
ressortissants allemands. Une dizaine d'autres pays seraient impliqués, dont
la France.
Ce scandale vient rappeler une nouvelle fois
l'ampleur de l'évasion fiscale en Europe. Il ne s'agit pas uniquement de
particuliers qui tentent d'échapper au fisc : comme l'explique Christian
Chavagneux ("le boom de la finance offshore", Alternatives Economiques
- Hors-série n°75 - Décembre 2007), les banques, les compagnies d'assurances
et les multinationales ont de plus en plus recours aux paradis fiscaux et
autres centres offshore. Et les pertes de recettes fiscales dues à
l'évasion se chiffrent en milliards. « Près de 350 milliards de dollars
par an aux Etats-Unis, selon le fisc américain, soit plus de 10% des
recettes fiscales totales. De 29 à 40 milliards d'euros, soit de 1,7 % à 2,3
% du produit intérieur brut (PIB) pour la France, selon le Conseil des
prélèvements obligatoires, plutôt 50
milliards pour le Syndicat national unifié des impôts (Snui), soit 3 % du
PIB, à comparer au déficit budgétaire de 2006, 36 milliards d'euros...
»
« Les paradis fiscaux, poursuit
Christian Chavagneux, exercent également une forte pression en faveur du
moins-disant fiscal : les recettes fiscales totales des pays de l'OCDE n'ont
cessé de croître en pourcentage du PIB, du milieu des années 60 au milieu
des années 90, avant de se stabiliser. Au sein de l'Union européenne à 25,
le taux d'imposition des entreprises a perdu 9 points de pourcentage entre
1995 et 2006, passant de 35 % à 25,9 %. »
Outre les pertes de revenus, l'évasion
fiscale influe en amont sur la politique fiscale. « Les Etats ont
intégré l'existence des paradis fiscaux et internalisé la nécessité de ne
pas trop demander à l'impôt, en dépit des immenses besoins sociaux et
économiques que réclame une insertion réussie et équitable dans la
mondialisation. Le problème est encore plus criant pour les pays en
développement qui se voient privés, par l'évasion fiscale des
multinationales et les détournements de fonds des élites publiques
corrompues, de recettes fiscales essentielles à leur développement. » |