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Faut-il vouer les
niches fiscales aux gémonies?
Hugo Lattard - 11/06/2008
La mission d'information
parlementaire a évalué la facture des niches fiscales a 73 milliards
d'euros, soulevant le problème de l'équité devant l'impôt. Mais toutes, loin
s'en faut, ne sont pas des moyens de s'en exonérer. La question qui se pose
est aussi celle de leur efficacité économique.
DOSSIER
Les niches fiscales: une ardoise de 73 milliards d'euros
Sommaire
Faut-il vouer les niches fiscales aux gémonies ?
« Les niches fiscales ne sont pas conçues pour échapper à l'impôt »
Plafonnement des niches fiscales : insuffisant juge la commission des
finances
Le gouvernement veut plafonner cinq niches fiscalesUne facture totale de 73
milliards d’euros. Un recours massif des gros contribuables pour réduire
leur impôt sur le revenu voire s’en exonérer totalement. Avec son rapport,
présenté mercredi à l’Assemblée nationale, la mission d’information
parlementaire sur les niches fiscales a jeté un pavé dans la mare.
Par le jeu des niches fiscales, les cinq députés missionnés ont constaté «
une véritable régressivité de l’impôt ». « Plus un gros contribuable a des
revenus élevés, moins il paie d’impôt en proportion », expliquent-ils.
1,5 milliard d'économies pour 100.000 gros contribuables
Selon leurs calculs, les 100.000 contribuables réduisant le plus leur impôt
en valeur absolue le réduisent chacun, en moyenne de 15.240 euros. Soit une
dépense fiscale totale de 1,524 milliard d’euros.
Sur cette somme, « plus de 80% résultent du recours à quatre dispositifs » :
La réduction d’impôt pour investissement productif outre-mer et celle pour
l’investissement dans le logement outre mer, connues sous le nom de
dispositif Girardin.
La réduction d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile. Les crédits
d’impôts au titre de conventions internationales et évitant les doubles
impositions.
Haro sur le dispositif Girardin
A elle seule, la réduction d’impôt pour investissement productif outre mer
représente 40% des exonérations dont bénéficient les 100.000 plus gros
contribuables. En effet, presque tous les gestionnaires de patrimoine
vendent à leurs clients le dispositif Girardin pour gommer ses impôts. Les
20 contribuables ayant le plus réduit leur impôt en valeur absolue, en
moyenne de 800.000 euros, l’on fait à 97% grâce à ce dispositif.
Il reste que 40% de 1,5 milliard, cela ne fait jamais « que » 700 millions
d’euros. « On fait croire que 73 milliards d’euros sont économisés par les
riches. En réalité les niches fiscales sont limitées à très peu », fait-on
remarquer à la Cour des comptes. « Le taux d’impôt réduit à 5% sur les
sociétés, la TVA réduite à 5,5% dans l’hôtellerie, ce sont des instruments
de politique économique. Or cela fait partie de l’ardoise des niches
fiscales ».
Autre exemple, la prime pour l’emploi (PPE). Ce crédit d’impôt pour les
salariés faiblement rémunéré, d’un montant total de 4,2 milliards d’euros
cette année, est lui aussi une « niche fiscale ».
Quelle efficacité économique?
Pour la plupart des niches, le problème se pose donc plutôt en terme
d’efficacité économique que d’équité. A ce propos, une exonération fiscale
est-elle plus performante qu’une enveloppe budgétaire ? Or comme l’a dénoncé
la mission d’information parlementaire, on manque justement d’éléments de
réponse, l’efficacité des niches n’étant pas évaluée.
Les cinq députés ont donc préconisé, à l’avenir, de « soumettre la création
de toute nouvelle mesure de dépense fiscale à une étude d’impact présentant
les avantages comparatifs de la dépense fiscale par rapport à la dépense
budgétaire ».
« Ce qui manque au débat publique,
plus que le montant de la facture des niches, c’est ce qu’elles rapportent.
Le fait que 73 milliards d’euros soient mobilisés sans étude d’impact pose
problème », approuve Vincent Drezet, du Snui, 1er syndicat de la direction
générale des impôts.
Faut-il un plafonnement global?
Pour éviter que des contribuable ne s’exonèrent totalement d’impôt, la
mission d’information parlementaire a préconisé l’instauration d’un plafond
global. Mais la ministre de l’économie ne veut pas en entendre parler.
Christine Lagarde explique qu’elle ne veut pas courir le risque de voir ce
mécanisme rejeté pour complexité excessive par le conseil constitutionnel,
comme ce fut le cas en 2006.
Bercy compte se contenter de plafonner les dispositifs qui ne le sont pas
encore : l’investissement productif et locatif dans les DOM TOM, la
déductibilité des dépenses architecturales dans secteur sauvegardé, celle
des dépenses liées à l’entretien des monuments historiques et les dispenses
d’impôt pour les loueurs de meublés professionnel.
Ce qui ne sera pas forcément une
mince affaire. « Derrière chaque niche il y a un chien », fait remarquer
Vincent Drezet. Ainsi, la proposition de plafonner le dispositif
Girardin n’est pas pas toujours vue d’un très bon œil. « Cela va multiplier
le nombre de souscripteurs et multiplier les coûts pour les monteurs
d’opération », observe Gilles Etienne, de Cyrus Conseil. Au risque de voir,
selon lui, « la pompe se tarir ». |