Les franchises médicales, voulues par la
droite en général et par Nicolas Sarkozy en particulier, sont applicables
depuis hier, 1er janvier. Très concrètement cela signifie d’abord un
renchérissement du coût des soins médicaux pour ceux qui en ont besoin.
C’est-à-dire les malades. Traduction sur le porte-monnaie : augmentation
de 50 centimes sur chaque boîte de médicaments, autant sur les actes
médicaux. Même principe pour les transports sanitaires mais en plus cher :
2 euros. Précision : ces sommes ne seront pas remboursées. C’est le but.
Un bruit de tiroir-caisse du côté du gouvernement : ces mesures devraient
rapporter 850 millions d’euros. En moyenne, dix euros par an et par foyer,
selon le gouvernement. Ce qui est une forfaiture puisque tous les foyers
ne sont pas malades, et, par définition, seuls les malades paieront. Mais
a-t-on choisi d’être malade ? Seuls les femmes enceintes, les mineurs et
les bénéficiaires de la CMU seront épargnés. Promesses de campagne du
candidat Sarkozy : affecter ces rentrées financières à la lutte contre la
maladie d’Alzheimer et le cancer. On peut raisonnablement en douter. C’est
d’ailleurs ce que font les Français : 61 % contestent, en particulier
parmi les employés, les ouvriers et les professions intermédiaires. Aussi
les cadres et les professions libérales. Injuste, ce dispositif qui vise à
faire de l’argent sur le dos des malades a une dimension plus historique
et idéologique. Il n’est au demeurant pas neutre par rapport aux conquêtes
sociales : il rompt avec le principe de solidarité et ne répond à aucune
logique de responsabilisation des malades. Laquelle supposerait d’investir
dans l’éducation à la santé, et la prévention. En réalité, c’est un
« virus » introduit dans la pensée de la population, comme l’ont souligné
les députés de gauche. « Une rupture totale avec l’héritage de la
Libération », ont-ils ajouté. Et de remarquer qu’au fil du temps le
financement des soins glissera immanquablement du cotisant et du
contribuable vers le malade, abandonnera la prise en charge collective au
bénéfice d’une prise en charge individuelle. On passe d’un régime
solidaire à un régime assurantiel. Nicolas Sarkozy et ses conseillers
patronaux en ont bien évidement conscience et le théorise : message reçu
par les sociétés d’assurance qui se réjouissent qu’une part importante des
besoins en matière de santé soit remise sur le secteur marchand. Ce qui a
le mérite de la franchise.Côté
étrennes, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour les
prestations et les minima sociaux, c’est 1 % d’augmentation et rien de
plus. Le RMI mensuel va ainsi désormais frôler les 448 euros ! Précisément
447,91 pour une personne seule. Soit une augmentation de 7,05 euros par
mois, ou 23 centimes d’euros par jour. Pour un couple, on atteint les
671,87 euros, et une famille avec deux enfants devra boucler son budget
mensuel avec 940,62 euros. La « générosité » gouvernementale ne s’arrête
pas là. Pour deux enfants, les allocations familiales sont passées au
premier janvier de 119,13 euros à 120,32 euros. Elles passent pour 3
enfants de 271,75 euros à 274,47 euros. Pour les retraites, on baigne dans
les mêmes eaux : le minimum vieillesse comme l’ensemble des retraites
augmente de 1,1 % au 1er janvier 2008, pour atteindre 628,10 euros pour
une personne et 1 126,77 euros pour un couple de retraités.
Côté fiscalité, le budget 2008 fera
théoriquement profiter les salariés (ceux qui le veulent et surtout le
peuvent), de 1 milliard d’économie d’impôt du fait de la défiscalisation
des heures supplémentaires. Cette « mesure phare » pour le pouvoir d’achat
est néanmoins à relativiser quand on sait qu’en réalité l’imposition sur
le revenu va s’accroître en 2008 de 5,1 milliards d’euros, dont 3 seront
payés par les salariés et 1 par les retraités.
Cet accroissement de l’impôt sur les
revenus des salariés et retraités principalement, ne viendra pas compenser
les milliards de cadeaux faits aux plus riches, aux spéculateurs et aux
patrons des entreprises. Les exonérations fiscales pour les entreprises
atteindront le montant de 68,3 milliards d’euros, et les mesures du
« paquet fiscal » annoncées à l’été 2007, les diminutions de l’impôt sur
la fortune, l’allégement de la fiscalité sur les successions et donations
vont coûter 14 milliards d’euros de recettes fiscales en moins dans le
budget 2008. Parmi ces mesures, le
« bouclier fiscal » ramené de 60 % à 50 % devrait, selon le Syndicat
national unifié des impôts, profiter à « 18 000 contribuables qui se
verront rembourser 563 millions d’euros ». Ces 18 000 assujettis à
l’impôt sur la fortune devraient donc recevoir un chèque de remboursement
de 31 277 euros en moyenne de la part des impôts. La générosité de l’État
à l’égard des plus riches ne se compte pas en centimes !
Ces cadeaux aux plus fortunés, qui grèvent
le chapitre des recettes du budget de l’État, vont avoir des conséquences
sur les dépenses. « Les caisses sont vides », répète François Fillon à
l’envi, ce qui, à ses yeux, justifie la rigueur budgétaire. Comme la
suppression de 130 000 postes de fonctionnaires dans les 4 ans. Et dès le
budget 2008, l’amputation de 2 milliards d’euros de dépenses concernera
notamment les aides à la banlieue, les transports collectifs, la
rénovation urbaine, l’agriculture, la décentralisation culturelle ou la
lutte pour l’environnement.
2008, année de tous les dangers pour les
retraites ! Selon un rapport publié le 31 décembre par le ministère du
Travail, la durée de cotisation nécessaire pour toucher une pension à taux
plein passerait à 41,5 ans en 2020. Dans la perspective du grand
rendez-vous prévu par la loi Fillon de 2003, Nicolas Sarkozy avance ses
pions pour retarder encore l’âge de la retraite. Compte tenu du nombre de
salariés qui ne peuvent aligner 40 annuités (chômage, entrée plus tardive
dans la vie active, état de santé…) l’objectif est de réduire le nombre de
retraites à taux plein. Dans la civilisation dont rêve Nicolas Sarkozy,
les salariés d’aujourd’hui doivent devenir des retraités pauvres demain, à
moins qu’ils ne financent eux-mêmes leur propre retraite, ou bien, si leur
patron leur en laisse la possibilité, qu’ils ne travaillent jusqu’à 65 ans
et plus. S’appuyant sur les travaux du conseil d’orientation sur les
retraites (COR), le gouvernement reprend ses projections selon lesquelles
l’allongement de la durée de cotisation atteindra 164 trimestres en 2012
(soit 41 ans) et 166 en 2020 (soit 41,5 ans). « Le rendez-vous de 2008
s’inscrit dans un contexte économique et financier moins favorable
qu’envisagé en 2003 », préviennent les services de Xavier Bertrand. À qui
la faute ? La droite n’a pas cessé d’exercer le pouvoir depuis 2002. On
notera également que le gouvernement manifeste sur le chapitre des
retraites plus de prudence et de circonspection que lorsqu’il s’est agi en
juillet dernier de transférer quelque 15 milliards d’euros vers les foyers
fiscaux les plus prospères.
Les mauvais coups sont souvent assenés
quand les Français regardent ailleurs. La période des fêtes, mais aussi la
mousse médiatique autour de la vie privée du président exposée en
spectacle ont été mises à profit par le gouvernement pour tenter de
saborder le dialogue social. Ainsi, alors même que les négociations
doivent se poursuivre en janvier entre les syndicats, les directions
d’entreprise et l’État, Xavier Bertrand a fait publier les décrets
d’application de la réforme des régimes spéciaux. Un geste qui peut être
ressenti à bon droit comme une provocation de plus contre le mouvement
social. Ces décrets confirment l’augmentation de 37,5 à 40 ans, et
prévoient qu’à partir de 2016 tous les salariés (y compris les
travailleurs de la SNCF, de la RATP et de l’énergie) devront avoir cotisé
41 ans pour obtenir une retraite à taux plein.
Dominique Bègles, Olivier Mayer et
Jean-Paul Piérot