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L'exécutif affronte une
montée des tensions sociales
LE MONDE | 22.05.08 |
Des salariés invités par l'ensemble des syndicats à protester partout en
France, jeudi 22 mai, contre le projet gouvernemental d'allongement à 41 ans
de la durée de cotisation pour la retraite, des marins pêcheurs dont la
protestation sur l'envolée du prix du gazole pourrait s'étendre à d'autres
secteurs, une fonction publique de plus en plus à cran au vu des
restructurations engagées dans le cadre de la réforme de l'Etat. Sans
oublier les enseignants appelés, une nouvelle fois, samedi 24 mai, à défiler
"contre la politique éducative du gouvernement".
L'Elysée et le gouvernement affrontent une série de mouvements aux
motivations diverses, mais dont l'addition contribue à entretenir un climat
diffus de mécontentement. Or le contexte budgétaire est extrêmement serré et
un nouveau train d'économies sur les politiques publiques est en
préparation. Malgré la résistance de la croissance en 2007 et au premier
trimestre 2008, la plupart des économistes - INSEE en tête - s'attendent à
un ralentissement d'activité qui laissera peu de marges à l'exécutif soit
pour offrir des compensations à ses réformes, soit pour éteindre les
incendies sectoriels. Pour affronter la tempête, Nicolas Sarkozy a mis en
place un dispositif très centralisé à l'Elysée (Le Monde du 22 mai) mais il
n'est pas à l'abri des humeurs de sa majorité. Sur plusieurs réformes
emblématiques comme la remise des 35 heures, la cacophonie domine, ce qui
fragilise l'exécutif.
Retraites. Jeudi, les cinq confédérations syndicales - CFDT, CGT, FO,
CFTC, CGC - tout comme l'UNSA, la FSU et Solidaires (union syndicale
regroupant notamment les Sud) ont appelé à défiler dans quelque 80 villes
"pour la défense de la retraite solidaire" et tablent sur des cortèges
imposants pour amener le gouvernement "à revoir sa copie" sur l'allongement
de la durée de cotisations. La CGT prévoit une "nouvelle démonstration de
force", après les grèves et manifestations du 15 mai dans la fonction
publique. Jean-Claude Mailly (FO) "espère plus de 500 000 manifestants", et
pour la CFDT, la mobilisation sera "forte". Si toutes les organisations
souhaitent une révision du projet du gouvernement, elles ne mettent pas le
même contenu à cette réécriture. Là où la CGT et FO entre autres contestent
le principe même de l'allongement - "ce n'est pas parce que l'espérance de
vie augmente que vous devez bosser plus", expliquait jeudi matin M. Mailly
sur i-Télé - la CFDT, la CGC et la CFTC font de l'amélioration effective de
l'emploi des seniors le préalable à l'extension de la durée de la
cotisation.
Mercredi, sur France 2, François Fillon a redit sa volonté de ne pas revenir
sur les 41 ans : "Cette question a été tranchée en 2003", a dit le premier
ministre. Le gouvernement propose aux syndicats de "négocier" sur l'emploi
des seniors, en espérant ainsi décrocher CFDT, CGC et CFTC.
Éducation nationale. La présence des enseignants dans les cortèges
jeudi pour la défense des retraites devrait être moins importante. Les
organisations syndicales préfèrent se concentrer sur la journée d'action du
samedi 24 mai. Dix-neuf organisations, dont les syndicats d'enseignants, la
FSU, l'UNSA-Education, le SGEN-CFDT, mais aussi les parents d'élèves de la
FCPE, les lycéens de l'UNL ou les étudiants de l'UNEF se mobiliseront à
Paris et en province pour protester contre la politique éducative du
gouvernement. La suppression de 11 200 postes prévue à la rentrée 2008
alimente depuis plusieurs semaines le mécontentement. L'annonce, le 15 mai
par Nicolas Sarkozy, d'un projet de loi imposant un service minimum
d'accueil des élèves les jours de grève a encore ajouté au trouble.
Impôts. A Bercy, c'est
l'effervescence : 38 % des agents de la nouvelle direction générale des
finances publiques ont fait grève le 15 mai. Depuis, certains sites
parisiens sont bloqués et le mouvement fait tache d'huile en province. Selon
le Syndicat national unifié des impôts (SNUI), c'est la première fois depuis
2003 que l'on trouve semblable mobilisation.
La fusion des anciennes directions générales des impôts et de la
comptabilité publique, que le gouvernement juge emblématique de la réforme
de l'État, se complique sur le terrain. Les 2 500 suppressions de postes
programmées en 2009 font craindre une détérioration des conditions de
travail. "A Bercy, depuis plusieurs années, on est au-delà de la règle du
non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Et le
projet de loi sur la mobilité, qui va permettre de licencier des
fonctionnaires, constitue une attaque frontale contre le statut", relève
Christophe Delecourt, secrétaire général de la fédération CGT des finances,
qui s'inscrit dans une logique de poursuite du mouvement.
Caroline Monnot avec Claire Guélaud et Catherine Rollot |