Recommander cet article |
Lundi 29 septembre 2008
Gros coup de frein sur les baisses
d'impôts
Le gouvernement a réduit les allégements
fiscaux à la portion congrue pour 2009, tout en renonçant à des mesures de
rendement sur les impôts existants. La faible progression attendue des
rentrées fiscales explique cette prudence.
 |
La " vigilance " que
s'est imposée le ministre des Comptes publics, Éric Woerth, pour bâtir
le budget 2009 a une traduction en matière de recettes. En un mot : la "
sécurisation ". Dans le contexte actuel, alors même que l'Etat accusera
5 milliards d'euros de moins-values dès 2008, le gouvernement veut tout
faire pour enrayer la diminution de ses ressources. A lui seul, le taux
des prélèvements obligatoires ne rend pas compte de la situation. |
S'il reste fixe, à 43,2
% du PIB, il le doit au fort ralentissement de la croissance et à un moindre
dynamisme des impôts : Bercy table sur une progression spontanée des
recettes fiscales " modérée " de 6,6 milliards d'euros (+ 2,4 %, soit trois
fois moins que ce qu'il projetait l'an dernier). Les rentrées d'impôt sur
les sociétés diminueraient notamment de 0,8 %, de même que celles de la TIPP
(- 4,9 %). Seule la TVA surnagerait (+ 3,6 %).
Dans ce contexte, le projet de loi de Finances rompt logiquement avec un
long cycle de baisse drastique des impôts. En 2009, ces derniers afficheront
une quasi-stabilité. Pour la première fois depuis bien longtemps, les
mesures nouvelles sont réduites à la portion congrue et tendent à
s'équilibrer entre elles, en particulier dans le domaine écologique. Rien à
voir, donc, avec la baisse de 11,4 milliards d'euros annoncée il y a un an
du fait, principalement, de la loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir
d'achat (Tepa). De surcroît, au nom de la compétitivité dans un monde en
crise grave, le gouvernement a entendu le Medef sur le poids des charges
frappant les entreprises : à l'inverse de ce qui était pratiqué jusqu'ici,
il a renoncé à toute mesure de " rendement " consistant à accroître la
productivité de taxes existantes.
" Repli de l'action publique "
Résultat, estime le Syndicat
national unifié des impôts (SNUI), on assiste à un " repli de
l'action publique " et le budget " a de quoi laisser amer ". Les
rares nouveautés concernent les entreprises dans un jeu à somme nulle :
principale mesure, l'extension de l'exonération d'impôt forfaitaire annuel
(IFA) est compensée par la fiscalité environnementale (hausse de la TGAP et
extinction progressive des incitations aux biocarburants). De même, les
baisses induites par la loi de modernisation de l'économie et la montée en
charge du crédit d'impôt recherche sont-elles compensées en partie par la
taxe en faveur de l'audiovisuel public. Au total, la charge fiscale des
entreprises reste très stable, ne reculant que de 100 millions d'euros. A
condition de ne pas compter les 700 millions d'euros de baisse
supplémentaire de la taxe professionnelle, au titre de la dernière étape du
plafonnement à la valeur ajoutée en vigueur depuis janvier 2007.
De leur côté, les ménages n'ont droit à aucune annonce fracassante et voient
leurs impôts diminuer à la marge, à hauteur de 100 millions d'euros eux
aussi, en dépit de la nouvelle taxe RSA. La montée en régime de la loi Tepa
est un peu moins forte que prévu (1,8 milliard d'euros au lieu de 2,3
milliards), du fait de la crise immobilière (qui joue sur la déductibilité
des intérêts d'emprunt) et de la remontée du chômage (qui impacte le volume
des heures supplémentaires défiscalisées).
GUILLAUME DELACROIX
|