Plaidoyer pour
un « paquet fiscal » européen
Par Vincent Drezet,
du Syndicat national unifié des impôts. Les énormes différences
fiscales rendent nécessaire une harmonisation franche. Et urgente.
Le scandale de l'évasion fiscale aura
au moins eu le mérite de montrer quelle était l'ampleur de ce
phénomène, et à quel point la communauté internationale, si attachée à
développer et à intensifier la concurrence fiscale a, de fait, permis
de telles dérives.
Désormais, il apparaît clairement que les États n'ont plus vraiment le
choix : soit ils prennent enfin de véritables mesures, soit ils
choisissent le « laisser faire, laisser passer » avec les conséquences
dévastatrices en termes de justice fiscale et de justice sociale que
l'on peut craindre. Et pour que la stigmatisation affichée de ces
pratiques fiscales et judiciaires très « privilégiées » ne se
transforme pas en normalisation, voire en banalisation de ces
pratiques, il faut que le volontarisme dont certains États font montre
se traduise concrètement par des mesures adaptées.
Un accord long et difficile
La situation n'est pas simple et chacun ne joue pas forcément « cartes
sur table ». La France et l'Allemagne ont ainsi récemment déclaré
vouloir élargir la portée de la directive sur la taxation des revenus
de l'épargne. Pour y inclure des revenus qui n'y sont pour l'heure pas
soumis, et pour enlever sur la retenue des impôts à la source dont
bénéficient les États qui pratiquent le secret bancaire. Parmi ces
États, certains déplorent que d'autres chantiers fiscaux, comme
l'harmonisation de l'impôt sur les sociétés, ne fassent pas l'objet du
même volontarisme de la part d'États devenus soudainement les hérauts
de la lutte contre la fraude fiscale. On le voit, les répercussions en
chaîne touchent tous les États et tous les chantiers fiscaux.
Ne le cachons pas, aboutir à un accord ne peut qu'être long et
difficile. Et c'est un fait, des compromis devront être trouvés au
sein de l'Union européenne, ne serait-ce que pour éviter d'être bloqué
par la règle de l'unanimité, extrêmement difficile à obtenir à 27. Le
risque, évident, est de déboucher sur un accord basé sur le plus petit
dénominateur commun, ce qui ne règlerait rien. Pour éviter cet écueil,
l'idée d'adopter un ensemble de mesures est intéressante et doit être
creusée. Par exemple, un «paquet fiscal européen» pourrait être
adopté. Dans un premier temps, il consisterait, entre autres, à
prendre des mesures visant à combattre la fraude à la TVA, élargir la
portée de la directive « épargne », instaurer un échange automatique
d'informations et mettre sur pied une harmonisation de l'impôt sur les
sociétés.
Mettre tous les États à contribution
Un tel paquet n'aurait évidemment rien de commun avec le paquet fiscal
adopté en France en 2007 et dont les effets sont aujourd'hui connus,
notamment en termes d'injustices et de coûts budgétaires. Bien au
contraire, il aurait un mérite certain : celui de ne stigmatiser aucun
État en particulier et de les mettre tous à contribution. Certes,
d'autres chantiers doivent être également engagés . Mais au moins
l'adoption rapide d'un tel ensemble de mesures commencerait-il par
traduire un changement notable d'une volonté politique qui, jusqu'ici,
s'est surtout traduite par l'exacerbation de la concurrence fiscale et
le repli de l'action publique.