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Tribune de l'Union SNUI-SUD Trésor publiée le 6 janvier
2010 Après la cellule de
régularisation, quelle lutte contre la fraude ?
Tout en proclamant la fermeture de la cellule de régularisation créée au
printemps dernier, le Ministre du budget a annoncé que les services fiscaux
travailleront sur les « évadés fiscaux » avec le souci de favoriser les
régularisations. La cellule avait pourtant été annoncée comme devant être
incitative puisque, après sa fermeture (et un bilan somme toute
significatif) , le contrôle fiscal doit s’appliquer « dans toute sa rigueur
» (selon le Ministre). L’esprit de la régularisation devrait lui survivre.
Ceci soulève plusieurs questions.
Assiste-t-on à un changement de pied ou à une simple adaptation en douceur ?
L’avenir le dira. Il faudra déjà voir, bilan précis et qualitatif à l’appui,
le niveau des droits récupérés (l’impôt éludé « régularisé ») et celui des
pénalités et des intérêt de retard qui auront été appliqués. Ce bilan doit
tout à la fois concerner spécifiquement la cellule de régularisation mais
doit être également alimenté, sur le long terme, par le résultat des
contrôles fiscaux diligentés cette année. Ceci montrera si les cas qui ont
bénéficié de la cellule de régularisation ont été traités différemment ou
non de ceux qui l’auront après sa fermeture d’une part et quels auront été
les profils régularisés d’autre part. En l’absence de points d’étape et de
tels bilans, c’est la stratégie mise en place dès fin 2007 par le
gouvernement et le Président de la République qui serait, à juste titre,
discutée et contestée.
Au fond, l’enjeu est clair ; l’administration fiscale doit lancer des
contrôles fiscaux efficaces et de qualité. Pour cela, elle doit aussi s’en
donner les moyens. Au-delà de la question de la volonté politique (et on a
vu que cette question était sensible au sein de la majorité …), tout cela
montre aussi la faiblesse des moyens (juridiques, humains et matériels) en
matière de lutte contre la fraude fiscale. L’enjeu n’est pas mince : si,
faute de moyens et/ou de volonté politique, le contrôle fiscal « dans toute
sa rigueur » consiste à appliquer les mêmes recettes qu’une cellule «
dérogatoire » au droit commun (puisque le niveau des pénalités et des
intérêts de retard appliqué est inférieur à ce qui est prévu par les règles
juridiques applicables), alors ne parlons plus de contrôle fiscal (du moins
pour ceux bénéficiant de « l’esprit » de la régularisation…) ; adieu code
général des impôts et place à la négociation, au profit de celui qui
disposera d’une surface financière suffisamment solide pour obtenir une
régularisation à un « bon prix ». L’attractivité remplacerait alors
définitivement la lutte contre la fraude mais il faudrait changer d’urgence
le pacte social…
Ne tombons pas non plus dans le procès d’intention. Le Ministre a peut-être
voulu évoquer la possibilité pour un contribuable d’utiliser, à sa demande
et sous conditions, une procédure portant le même nom que la cellule («
régularisation »), un terme qui peut être source de confusion. Cette
procédure, codifiée au Livre des procédures fiscales, présente au moins un
mérite, elle est juridiquement encadrée. Elle a d’ailleurs été utilisée à 3
700 reprises en 2008.
Le contrôle fiscal vit donc des heures décisives, les enjeux sont immenses.
Que vont devenir les quelques nouvelles mesures (intéressantes mais
limitées) votées dans la loi de finances rectificative ? Va-t-on tester les
conventions fiscales dont les signatures ont été bruyamment signées -
parfois rapidement comme le cas Suisse l’a montré – ? Quelle sera la
stratégie de la France et de l’Europe vis-à-vis de la fraude fiscale ?
Considère-t-on vraiment que « les paradis fiscaux, c’est fini » au risque de
les banaliser et, finalement, de les renforcer ? En ce début 2010, tout est
encore sur la table : la crise n’est pas finie, les paradis fiscaux sont
encore actifs et le contrôle fiscal attend toujours une orientation et des
moyens à la hauteur des enjeux.
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