Vincent Drezet « Pour
imposer la rigueur »
Vincent Drezet, secrétaire
national du SNUI-SUD Trésor Solidaires,
dénonce une dette brandie pour instaurer la rigueur permanente.
La réduction de la dette n’est-elle pas devenue un dogme ?
Vincent Drezet. Alimentée en partie par la modération salariale et les
baisses d’impôts, la dette est brandie pour instaurer une rigueur
permanente : en empilant les textes visant à pressuriser les finances
publiques (lois de programmation pluriannuelles, «règle d’or») sur fond
d’orientations néolibérales inchangées (pacte pour l’euro), ce n’est pas
seulement la justice sociale qui est en danger, c’est aussi la capacité
collective à effectuer des choix démocratiques qui risque de s’en trouver
altérée.
Cette politique fiscale n’est-elle pas égratignée avec la taxe sur les
riches ?
Vincent Drezet. Lancé à grand renfort de communication sur le thème « faire
payer les riches », le plan de rigueur ne constitue en rien une
réorientation de la politique fiscale. La contribution exceptionnelle,
programmée pour disparaître, concernera moins de 10 000 foyers fiscaux et
rapportera 200 millions d’euros. Des ordres de grandeur à rapporter aux
réalités : le rendement de l’impôt sur le revenu s’élève à 50 milliards
d’euros, mais serait de 65 milliards d’euros si aucune baisse n’avait été
accordée depuis onze ans (celles-ci ayant été majoritairement concentrées
sur les 5 % les plus aisés). Précisons que ces annonces portent sur 11
milliards d’euros et s’ajoutent à la pression sur les finances publiques
déjà à l’œuvre avec la suppression de plus de 30 000 postes de
fonctionnaires par an.
Entretien réalisé par Clotilde Mathieu