Fillon, mauvais plan
jeudi 1er septembre 2011, par Thierry Brun
Présidentielle oblige, le Premier ministre en est réduit à faire de la com
budgétaire. Son plan de réduction des déficits risque juste d’aggraver la
récession…
Tous les ingrédients médiatiques sont réunis pour faire passer la pilule de
l’austérité budgétaire. Des très riches qui supplient qu’on les taxe (mais
pas trop), un Premier ministre qui endosse les habits de père la rigueur
pour annoncer un plan d’économies supplémentaires de 11 milliards d’euros
pour 2012 (voir encadré), des marchés financiers aux aguets… Sans oublier,
en embuscade, la très libérale Commission européenne, qui a adressé en juin
ses recommandations pour réduire le déficit public de la France. Pas de
surprise, donc, mais un plan qui s’ajoute à une politique menée depuis 2007.
Lors de son intervention du 24 août à Matignon, quelques semaines après le
krach boursier, François Fillon a trouvé la justification à son nouveau plan
: la croissance escomptée en 2011 et en 2012 a été revue à la baisse (+ 1,75
% au lieu de 2,25 % en 2012). Une mauvaise nouvelle qui révèle une politique
fondée sur la casse des services publics, responsable de la récession
économique. Fillon doit surtout donner des gages de sérieux aux marchés en
ramenant les déficits publics en 2013 à 3 % du produit intérieur brut, tels
que définis par la règle d’or européenne en matière de déficit public.
Matignon jure que la réforme des retraites en 2010 a rassuré les
investisseurs et conforté la triple notation « AAA » de la dette française.
Et la réforme sans précédent de l’État (RGPP) est également invoquée « pour
préserver la confiance des investisseurs et des marchés ». « La révision
générale des politiques publiques a déjà permis de générer 15 milliards
[sic] d’économies et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant
à la retraite », s’est félicité le Premier ministre (voir page suivante).
François Fillon s’est même autorisé un gros mensonge au JT de 20 heures de
TF 1, en affirmant que « 83 % » des efforts demandés visaient « les grandes
entreprises, les détenteurs de patrimoine et les revenus très élevés ».
Déniant ainsi l’accumulation des mesures d’austérité pesant sur les ménages.
La très médiatique taxation exceptionnelle sur les hauts revenus, présentée
comme une mesure de justice fiscale et sociale, ne fait en réalité
qu’augmenter l’impôt sur la fortune (ISF), que le même gouvernement, il y a
à peine quelques mois, a réformé et… diminué ! Ce qui a fait dire au Parti
de gauche de Jean-Luc Mélenchon que « la justice fiscale et sociale version
UMP, c’est “pas touche aux rentes ni à la finance, et austérité pour les
peuples !” ».
Selon Eva Joly, candidate d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) à la
présidentielle, « le gouvernement fait reposer les effets de la crise sur
les couches de la population les plus vulnérables et coupe dans les aides
aux économies d’énergie. Il préserve les niches fiscales favorables aux plus
aisés, les niches polluantes, les niches électoralistes ou la niche Copé
[mesure dérogatoire de l’impôt sur les sociétés], symbole d’une Europe de la
concurrence fiscale ».
Personne
n’est dupe à gauche et dans les organisations syndicales : le cap de
l’austérité reste inchangé. « Il y a une petite retouche très politique
parce que le sujet de l’équité fiscale a suscité une telle attente que le
pouvoir ne pouvait pas ne pas envoyer un signal, mais il a fait vraiment le
minimum », estime Vincent Drezet, du Syndicat national unifié des impôts (Snui-SUD
Trésor).
Les mesures Fillon ne suffiront pas
à réduire une dette publique dépassant 1 650 milliards d’euros. « Si on fait
le compte sur une dizaine d’années, il y a eu un allégement massif des
revenus du patrimoine des plus aisés, ajoute Vincent Drezet. Et on a
l’impression que la superposition du Pacte pour l’euro, du Semestre
européen, de la règle d’or et des lois cadres pluriannuelles sur les
finances publiques étouffent l’expression démocratique du Parlement. » Le
gouvernement a exclu d’autres choix possibles, comme, par exemple, «
d’expliquer à l’opinion en quoi il pouvait y avoir une bonne et une mauvaise
dette », souligne le Snui-SUD
Trésor.
Dans la mauvaise dette, figurent les cadeaux fiscaux aux ménages les plus
aisés et aux grandes entreprises, ainsi que le résultat des mesures prises
pour juguler la crise financière et la récession. « Si on veut réorienter la
fiscalité, on aurait pu créer très facilement une nouvelle tranche à l’impôt
sur le revenu et réintroduire dans cet impôt tous les revenus, y compris les
revenus financiers. Cela rapporterait entre 3 et 4 milliards d’euros à
l’État. Il y a aussi les 66 milliards de régimes fiscaux dérogatoires à
l’impôt sur les sociétés. On pouvait dégager à court terme 5 à 10 milliards
en rééquilibrant cet impôt entre les petites et moyennes entreprises. »
Les efforts fiscaux supplémentaires sont une surenchère dans la rigueur. De
quoi accélérer la récession tant redoutée. La manœuvre consiste à faire
accepter la règle d’or d’équilibre budgétaire, « objectif intangible », «
obligation économique » qui « n’est ni de droite ni de gauche », comme le
ressasse le gouvernement. C’est surtout un aveu d’impuissance face à la
tyrannie des marchés.

Photo : AFP / Bonaventure