Envoyer à un ami Recommander cet article 
Envoyer à un ami Recommander cet article

Fraude et paradis fiscaux dans le viseur du "contre-G20" 

Par Hugues JEANNEAUD NICE, 2 nov 2011 (AFP) –

Paradis fiscaux et fraudes à l'impôt sont dans le collimateur des altermondialistes, réunis cette semaine à Nice pour un forum social en réponse au sommet du G20 de Cannes. Après leur manifestation de mardi, ONG, syndicalistes, associations veulent faire valoir leurs solutions face à la crise, à travers des débats rassemblant des participants venus de toute l'Europe dans les anciens abattoirs de la ville.

Au coeur de leurs revendications: "la justice fiscale et sociale".

"La bataille de l'opinion publique est primordiale", a lancé mercredi en ouverture d'un débat le président de l'Union des personnels des finances en Europe (UFE), Serge Colin, expliquant qu'il faut promouvoir "la justice fiscale" et "la lutte contre les paradis fiscaux"face aux gouvernements qui ne proposent "que des plans d'austérité"."Nous avons une politique fiscale de patachon", a estimé le représentant de la seule organisation syndicale européenne des administrations fiscales et douanières. "En France, la fraude fiscale représente autour de 50 milliards d'euros, ce qui a été longtemps à la hauteur du déficit public. Si on se donnait les moyens de récupérer 80% de ce montant,le débat serait différent". Pour Laurent Gathier, inspecteur des impôts, de l'Union SNUI-SUD Trésor Solidaires, "la crise nécessite plus de justice fiscale et les politiques d'austérité vont contre ces besoins". Selon lui, "le contrôle fiscal rapporte chaque année 14 milliards d'euros à la France". Reprenant une enquête britannique, Serge Colin a souligné qu'un agent fiscal rapportait "10, 30 ou 50 fois ce qu'il coûte". "Ce n'est pas en supprimant des fonctionnaires que la Grèce fera rentrer de l'argent".Contre les politiques d'austérité, ces agents du fisc préconisent "une lutte efficace contre l'évasion fiscale", dénonçant "la concurrence fiscale entre États européens" et ciblant"la lutte contre les paradis fiscaux".

Rudolf Elmer, ex-directeur de la filiale de la banque Julius Baer aux îles Caïmans et poursuivi en Suisse pour avoir fourni des données à WikiLeaks, a fait de la lutte contre les paradis fiscaux sa spécialité."La loi est aujourd'hui en faveur des institutions et des banques. Il faut se battre pour qu'elle penche du côté (des intérêts) de la société civile", a déclaré l'ancien banquier,condamné à Zurich pour "violation du secret bancaire".Pour illustrer les mécanismes d'évasion fiscale mis en oeuvre par de grands  groupes transnationaux, Maylis Labusquière, de l'ONG Oxfam France, évoque l'affaire du géant suisse Glencore, dont la filiale minière en Zambie est accusée de ne pas payer d'impôt dans ce pays d'Afrique australe, en usant de "fausses déclarations"."La société surestime les coûts de production, vend ensuite le cuivre extrait en dessous du prix du marché à une autre entité du groupe en Suisse, +une transaction de papier+ pour déplacer les bénéfices vers la Suisse", a-t-elle détaillé, reprenant des accusations notamment formulées par un audit zambien (la Banque européenne d'investissement a gelé tout prêt à Glencore après cette affaire, la société pointant de son côté "des erreurs factuelles")."50% du commerce mondial se fait à l'intérieur des groupes", a dit la représentante d'Oxfam, qui estime que "ces mécanismes" coûtent "125 milliards de pertes fiscales pour les pays du Sud", soulignant encore que "que la majorité des entreprises du CAC 40 ne payent pas d'impôt (sur les sociétés) en France". Jeudi, jour d'ouverture du sommet du G20, un collectif d'associations ira à la frontière monégasque pour dénoncer le maintien des paradis fiscaux, "maillon essentiel de la spéculation financière et de l'évasion fiscale"