Fiscalité: une esquisse de
réforme fin février
De Isabelle TOURNÉ (AFP)
La réforme de la fiscalité du patrimoine
commencera à se dessiner fin février, a annoncé lundi le gouvernement, et si
aucune piste n'est encore exclue, la taxation de la résidence principale
semble au coeur de la réflexion.
La réforme, qui doit supprimer le bouclier fiscal et remplacer l'impôt de
solidarité sur la fortune (ISF), qui taxe la détention du patrimoine, par un
"nouvel impôt" sur les revenus et les plus-values dudit patrimoine, sera
menée au pas de charge.
Le ministre du Budget, François Baroin, a annoncé lundi que les premières
orientations seraient dévoilées fin février, et qu'un projet de loi serait
déposé vers la fin avril en conseil des ministres pour être discuté au
Parlement avant l'été.
Le calendrier est un peu plus serré que prévu puisque jusqu'ici, le
gouvernement évoquait le dépôt d'un texte en mai.
Plusieurs étapes rythmeront la prise de décision.
Le gouvernement travaille actuellement avec des parlementaires de la
majorité à un "état des lieux de la fiscalité du patrimoine", a expliqué M.
Baroin. Une première réunion aura lieu mardi à Bercy avec vingt députés et
sénateurs.
La Cour des comptes doit présenter de son côté avant fin février un rapport
sur la comparaison des fiscalités allemande et française, le gouvernement
ayant fait de leur convergence une priorité de sa réforme. "Ce sera un
élément parmi d'autres à ce débat", a semblé relativiser lundi François
Baroin.
Dans la foulée, le gouvernement dira quelles pistes sont écartées d'emblée.
Début mars, un colloque présidé à Bercy par le ministre du Budget réunira
parlementaires et experts pour "faire un premier bilan" des réflexions.
Et fin mars, le gouvernement annoncera les pistes retenues.
Cette réforme donne lieu "à beaucoup de supputations et de rumeurs", a
convenu le ministre, qui s'attend à voir "de nombreux lobbys se réveiller
pour crier avant d'avoir mal".
Il faut dire que cette réforme, censée apporter "la stabilité fiscale", est
sensible politiquement. D'autant plus que l'exécutif a promis qu'elle serait
neutre pour les finances publiques.
Or une double suppression totale du bouclier et de l'ISF, si telle devait
être la voie choisie, coûterait 3,2 milliards d'euros à l'Etat, le premier
coûtant 700 millions, quand le second rapporte 3,9 milliards.
Le président Nicolas Sarkozy s'étant refusé à toute hausse générale des
impôts, une des pistes évoquées pour résoudre cette complexe équation
budgétaire est la taxation des plus-values immobilières sur la résidence
principale.
Actuellement, les Français qui dégagent une plus-value lors de la vente de
leur résidence principale ne sont pas imposés sur ce gain.
"Ceci revient à dire que,
potentiellement, les 57% de français qui sont actuellement propriétaires de
leur résidence principale peuvent, un jour ou l'autre, payer une plus value
imposée au taux de 31,3%", a réagi le Syndicat national unifié des impôts (Snui).
"Ce taux pénalisera particulièrement les contribuables des classes moyennes
dont le taux réel d'imposition des revenus est inférieur, c'est-à-dire
l'immense majorité des contribuables", s'est-il insurgé.
Autres pistes envisagées dans le cadre de la réforme: le relèvement du seuil
d'imposition de l'ISF ou l'augmentation de l'abattement (30% actuellement)
sur la résidence principale. Certains souhaiteraient même ne plus soumettre
la résidence principale à l'ISF.
Une surtaxation des plus-values de placements est aussi à l'étude.
Nicolas Sarkozy a martelé qu'il trouvait "plus logique" de taxer les revenus
du patrimoine que sa détention.
"Aucune piste aujourd'hui n'est privilégiée, aucune piste n'est écartée", a
assuré lundi François Baroin, tout en promettant une réforme "simple" et
"équitable".