Réforme de la fiscalité
du patrimoine : Sarkozy se trompe de voie
Lundi 14 Février 2011
Vincent Drezet - Union SNUI-SUD
Trésor Solidaires - Chroniqueur associé
La réforme de la fiscalité du
patrimoine annoncée par Nicolas Sarkozy va dans le mauvais sens, souligne
Vincent Drezet. Ce dernier prône une refonte de l'ISF via un élargissement
de son assiette et en réformant les droits de mutation. Mais cela ne semble
pas la priorité du chef de l'État.
Nicolas Sarkozy a donc annoncé une réforme de la fiscalité du patrimoine
pour le printemps 2011. Le débat sur l’imposition du patrimoine tourne
actuellement autour de la suppression (ou d’un allègement substantiel) de
l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) combinée à celle du bouclier
fiscal et de la « compensation » du manque à gagner ainsi créé par une
hausse (ou une réforme plus profonde) de la fiscalité des revenus du
patrimoine, voire d’autres impôts.
Or, si l’ISF mérite assurément une refonte (et non une suppression), la
fiscalité du patrimoine ne se résume pas au seul ISF ni aux revenus du
patrimoine. Les droits de mutation à titre gratuit (donation, succession) en
constituent également une part importante avec un rendement de 7,5 milliards
d’euros de recettes prévues pour 2010 contre 4,5 milliards pour l’ISF.
Or, les droits de mutation à titre gratuit ont connu une profonde réforme en
2007 dans le cadre de la loi « travail, emploi et pouvoir d’achat ». En
particulier, le relèvement de 50 000 à 150 000 euros, décidé en 2007, de
l’abattement applicable tous les 6 ans aux donations et aux successions pour
les mutations effectuées en ligne directe (entre un parent et un enfant par
exemple) a ouvert la possibilité aux ménages les plus riches de transmettre
de leur vivant une partie importante de leur patrimoine en franchise
d’impôt.
En effet, ceci permet à une famille de 2 enfants de transmettre 600 000
euros tous les 6 ans en franchise d’impôt. Avec de telles dispositions,
c’est l’héritage et la fortune et non le travail et le mérite qui créent
tout à la fois ; les conditions de la réussite des enfants des plus aisés et
le creusement des inégalités.
Pour qu’elle soit juste et budgétairement équilibrée (voire positive), une
véritable réforme de la fiscalité du patrimoine ne doit pas se traduire par
un manque à gagner mais doit conduire à rééquilibrer la fiscalité du
patrimoine en refondant l’ISF, notamment en élargissant son assiette et en
réformant également les droits de mutation à titre gratuit (les droits de
donation et de succession). Telle ne semble pas la voie empruntée par
Nicolas Sarkozy qui persiste à ne pas revenir sur une des dispositions de la
loi « tepa » d’août 2007. Rappelons que celle-ci comprenait le renforcement
du bouclier fiscal (dont la suppression est annoncée), l’exonération d’impôt
sur le revenu des heures supplémentaires (très contestée) et une réduction
d’ISF (une niche supplémentaire) et dont le bilan économique et social
apparaît aujourd’hui de moins en moins défendable.