|
|
|
|
|
Exclusif: les 100 plus gros contribuables se partagent 3 milliards d’euros par an !Marianne a pris connaissance d’une note confidentielle de Bercy. Le ministère de l’économie l’a adressée à vingt parlementaires de la majorité triés sur le volet, en vue de la réforme fiscale sur l’ISF et le bouclier fiscal. L’ensemble des revenus des 100 foyers les plus riches dépasse le budget du ministère de la Culture. 91% de ces revenus sont issus de cessions de valeurs mobilières comme les actions. Objectif: convaincre d’abandonner l’ISF.C’est un chiffre qui va
faire parler de lui. Car jamais l’administration fiscale n’avait
dévoilé des statistiques aussi détaillées. Selon les données que Bercy
a fourni à une vingtaine de parlementaires, les 100 Français les plus
riches se partageaient 2,8 milliards d’euros, presque 20 milliards de
nos ex-francs.
Et encore ces 28,7
millions d’euros représentent-ils le revenu fiscal de référence, celui
qui a subi le rabotage des niches fiscales, dont les hauts revenus
sont si friands. Ainsi, notait un rapport de la Commission des
finances de l’Assemblée : « 50 des 10 000 contribuables dont les
revenus imposables sont les plus élevés et dont le revenu fiscal de
référence était de l’ordre du million d’euros. Cela a même été le cas
de contribuables déclarant des revenus imposables parmi les 100 plus
élevés du pays et auxquels le Trésor public a restitué, en moyenne,
230 euros au titre de leur impôt sur le revenu de 2006.» Une note anti-ISF
La note est loin d’être anodine, car
elle détaille également la structure des revenus des assujettis à l’ISF.
En pleine discussion sur la future réforme qui doit enterrer cet
impôt, ô combien symbolique, elle offre aux partisans de la
suppression de l'ISF un argument de poids vis-à-vis des députés de l'UMP
encore réticents à l'égard de cette réforme: les 100 plus gros
patrimoines taxés à l’ISF gagnent beaucoup moins que les 100 plus gros
contribuables. Bref, la spéculation enrichit plus que la propriété:
avec un revenu fiscal de référence moyen de 4,5 millions d’euros, les
premiers sont six fois moins bien lotis que les seconds.
Et c’est bien le propos de la note que
de montrer que ces deux populations sont différentes, et que les vrais
riches ne sont pas ceux qui payent l’ISF.
La situation n’étonne pas
Vincent Drezet, le porte parole du Syndicat national unifié des impôts
: « en sortant le patrimoine professionnel de l’assiette de l’ISF,
avec une vision très extensive - ainsi un gros paquet d’actions d’une
entreprise du CAC ne sont pas comptabilisées, on déforme l’Impôt sur
la fortune. Invisibles dans la déclaration ISF, ces actions
n’apparaissent qu’une fois vendues via les plus-values. »
La preuve par l’affaire Bettencourt.
L’héritière de l’Oréal, possède un patrimoine d’au moins 15 milliards
d’euros, essentiellement en actions, tandis son que patrimoine
imposable à l’ISF peine à dépasser les 2 milliards d’euros.
A gauche, comme à droite, on n’ignore
pas cette déformation de l’ISF. Pour autant, l’idée de mettre au
rencard l’ISF et de le remplacer par la taxation des plus-values
issues de la cession des titres -bref taxer les revenus plutôt que la
détention du patrimoine- solution qui semble avoir la faveur du
gouvernement, constitue-t-elle la solution ? « On peut s’étonner
de ce que les principaux promoteurs de cette solution, comme le
sénateur Philippe Marini son ceux qui depuis des années, ont multiplié
les initiatives pour réduire l’imposition sur les plus-values. Les
mêmes aussi, qui n’ont eu de cesse de stigmatiser l’ISF comme un impôt
entrainant une fuite des assujettis, sans jamais produire de preuves
tangibles », s’amuse Jérôme Cahuzac, le président socialiste de
la Commission des finances de l’Assemblée qui n’est pas destinataire
de la note.
A droite également, on s'interroge, à
l'instar Hervé Mariton, député UMP de la Drome: «Je reste prudent
sur la réforme qui est en passe d'émerger. »
Reste que le tableau que dresse ce document
demeure édifiant. Il complète
celui dressé par les auteurs de « Pour une
révolution fiscale », Camille
Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez. Les 3 économistes
fournissent sur leur site de précieuses données.
Grâce à la note de Bercy, on
mesure l'énorme inégalité de revenus en France: les 1 000 foyers
fiscaux les plus riches sur les 36,4 millions que compte le pays,
disposent ensemble de 8,2 milliards d’euros, soit 1,1% du total. A
titre de comparaison,
les 6,25 millions de personnes
qui travaillent pour moins de 750 euros par mois, et 445 euros par
mois en moyenne, n'ont reçu qu'un peu plus que trois fois cette
somme. |