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Ils sont
riches et énervés. “Azerty” et “EJJE” confient leurs états d’âmes de
contribuables redevables de l’impôt sur la fortune sur un forum
internet des Echos. Pour Azerty, l’ISF
“provoque une évasion dommageable des patrimoines et
des capitaux.” Tandis qu’EJJE réclame la suppression d’un impôt
synonyme à ses yeux d’“incitation à sortir de
France."
Néfaste sur le
plan économique pour les uns, outil de redistribution des richesses
pour les autres, l’ISF déchaîne les controverses depuis plus de
vingt ans. Créé en 1982 après l’accession des socialistes au
pouvoir, l’impôt sur les grandes fortunes fut supprimé par Jacques
Chirac en 1986. Avant d’être réintroduit par la gauche en 1989 sous
son nom actuel. Preuve qu’au-delà de son impact sur l’économie d’un
pays, la question de l’impôt est éminemment politique. Surtout
lorsqu’il cible les plus fortunés.
Petite fuite ou hémorragie ?
L’ISF est
aujourd’hui payable à partir de 720 000 euros de patrimoine.
“C’est le seul impôt sur la détention de patrimoine”,
remarque Vincent Drezet, du Syndicat
national unifié des impôts (SNUI). Le produit de sa
collecte est passé de 1,534 milliard d’euros en 1997 à 2,335
milliards d’euros en 2003, soit moins de 1% des recettes fiscales de
l’Etat. Une goutte d’eau au regard des dizaines de milliards d’euros
que rapportent l’impôt sur le revenu et surtout la TVA.
Reste qu’une
fraction importante de l’actuelle majorité parlementaire réclame
avec insistance une refonte de l’ISF, voire sa suppression. Un
rapport du sénateur UMP de l’Oise Philippe Marini présenté le 16
juin dernier dénonçait son “fort impact sur les
délocalisations de contribuables". Totalement à rebours de cette
analyse, le rapport annuel du Conseil des impôts souligne qu’environ
350 personnes quittent chaque année la France pour s’installer sous
des cieux fiscalement plus cléments. On est loin de la fuite massive
décrite par certains.
L’impôt-peau de chagrin
Il n’empêche.
La nécessité de réformer l’impôt sur la fortune fait son chemin,
même chez ses partisans déclarés. “Aujourd’hui, l’ISF
est injuste, reconnaît Vincent Drezet. Il pèse
davantage sur les propriétaires immobiliers que sur le capital
financier. Pour un chef d’entreprise les actions sont considérées
comme un bien professionnel et sont donc exonérées d’ISF. Un patron
qui a des actions dans son entreprise s’en tire mieux qu’un
propriétaire immobilier." En 1997, Le Canard
enchaîné révélait que François Pinault n’avait pas payé un
centime d’impôt sur la fortune au titre de l’exercice fiscal
précédent...
En attendant,
les infortunés propriétaires de villas sur la Côte d’Azur pourront
toujours se consoler avec le projet d’actualisation du barème de l’ISF
concocté par l’UMP. Objectif : relever les tranches d’imposition en
fonction de l’inflation. Une poire pour la soif, avant la
liquidation de “l’incitation à sortir de France” ? |