Malgré le désaccord
de surface du MEDEF, le premier ministre multiplie les
cadeaux fiscaux, avec notamment la baisse de l’IS.
Alors que le
déficit dépassera sûrement 45 milliards d’euros en
2004 et que la dette de l’État stagne aux alentours de
1 000 milliards d’euros, le gouvernement décide de
réduire l’impôt sur les sociétés (IS), pourtant
troisième ressource de l’État. Le fait de se séparer
de cette contribution, dont le rendement dépend des
oscillations de la croissance, pourrait coûter très
cher en ces temps d’embellie macroéconomique.
Jean-Pierre Raffarin a en effet décidé mercredi soir
de supprimer sur deux ans la surtaxe de 3 % de l’impôt
sur les sociétés. Ladite " surtaxe Juppé " de 3 %, qui
représente une recette fiscale annuelle de 900
millions d’euros, s’effectuera à parts égales sur deux
ans, soit un coût de 450 millions d’euros en 2005 et
une somme identique en 2006. Cette suppression
dégressive a des airs de règlement de comptes avec
Ernest-Antoine Seillière, après les invectives du
président du MEDEF lancées contre le premier ministre
durant l’université d’été de son organisation. Le
gouvernement n’a donc pas cédé aux injonctions du
MEDEF de supprimer entièrement la surtaxe dès 2005. Et
pour bien montrer qu’il n’a pas apprécié les attaques
proférées par Ernest-Antoine Seillière ce week-end,
Jean-Pierre Raffarin a fait l’annonce officielle de
cette mesure fiscale à l’issue d’une rencontre avec le
président de la CGPME, Jean-François Roubaud,
sous-entendant par ce biais que le MEDEF n’a pas le
monopole de la parole des entreprises.
Or cette guéguerre
médiatico-politicienne ne représente en fait que des
escarmouches de surface car, au fond, le patronat a
gagné sa bataille. Comme l’explique Michel Lamy,
secrétaire national de la CFE-CGC, " le MEDEF ne cesse
de jouer les Cosette en ce qui concerne les
entreprises qui seraient matraquées fiscalement ",
mais le milieu patronal récupère d’un côté ce que le
gouvernement, en gelant l’enveloppe de 17 milliards
d’euros d’exonération de cotisations sociales, lui
avait pris de l’autre.
La réduction de
l’impôt sur les sociétés s’inscrit dans un ensemble de
mesures fiscales consacrées aux entreprises dans le
budget 2005. Entre autres, l’exonération de taxe
professionnelle sur les nouveaux investissements des
entreprises sera prolongée jusqu’en décembre 2005 au
lieu de juin, en attendant une réforme de cet impôt.
Matignon a également annoncé la mise en place d’un
crédit d’impôt à l’export qui ne concernera que les
PME. En agitant le spectre de la hausse du coût du
travail, les organisations patronales ont donc eu gain
de cause. Mais, hier encore, Denis Gautier-Sauvagnac,
membre de la commission exécutive du MEDEF continuait
à grommeler : " Nous parlons coût du travail et on
nous répond impôt sur les sociétés, ce n’est pas la
même chose, ce ne sont pas de bonnes méthodes. "
Cependant, selon une étude de l’INSEE réalisée en
juin, l’argument patronal est battu en brèche : grâce
aux aides étatiques, le coût du travail en France
devrait baisser en France de 1 % en 2004 et 2005. De
quoi en conclure, comme le
Syndicat national unifié des impôts, que la
suppression de la surtaxe Juppé est " le symbole
éclairant d’une politique fiscale partisane ", à
l’écoute des volontés patronales.
Christelle Chabaud