Au motif de faire circuler le patrimoine entre
générations, le ministère des finances propose d'exonérer de
droits de succession les patrimoines moyens (environ 100 000
euros). Le sénateur (UMP) de l'Oise, Philippe Marini, chiffre en
effet dans son rapport publié en novembre 2002 l'actif moyen des
360 700 successions ouvertes en 2000 à 99 970 euros.
Après trois versions du projet de réforme,
le mécanisme choisi est de créer une déduction à la base de 50 000
euros, qui s'appliquerait sur l'ensemble des biens transmis avant
tout partage. S'ajoutent, selon les héritiers, des abattements
dits individuels. Ainsi, le conjoint survivant bénéficierait d'une
déduction forfaitaire de 126 000 euros, contre 76 000
actuellement, et les enfants de 50 000 euros, au lieu de 46 000.
Chaque enfant qui hérite de 100 000 euros se trouverait, par le
jeu des deux abattements, exonéré de droits de succession.
Cette réforme, qui s'inscrit dans le projet
de loi de finances pour 2005, est encore provisoire et sera
débattue par le Parlement. Les notaires saluent cet allégement,
bienvenu notamment pour le conjoint survivant : « C'est une vraie
reconnaissance du droit des veufs, qui vont pouvoir jouir des
biens immobiliers sans être obligés de les vendre pour régler les
droits de succession », relève Me Jacques Combret, notaire à
Rodez.
Le sort du conjoint survivant a été
nettement amélioré par la loi du 3 décembre 2001, mais la
revalorisation du barème de l'usufruit, intervenue au 1er janvier,
conjuguée à la hausse des prix de l'immobilier, a gonflé la valeur
des biens transmis, et donc la note fiscale. Quant aux enfants, le
coup de pouce de 4 000 euros n'est qu'un petit rattrapage,
l'abattement de 46 000 euros n'ayant pas été réévalué depuis
longtemps.
Le Syndicat
national unifié des impôts (SNUI) met, lui, en avant
l'iniquité de la réforme, qui coûtera, selon lui, plus de 600
millions d'euros : « Le patrimoine médian des successions s'élève
à 55 000 euros, ce qui signifie que la moitié des héritages
n'atteint pas cette somme. Les trois quarts des successions
échappent d'ores et déjà à ces impôts, en raison de leur faible
montant, et la mesure nouvelle ne concerne donc qu'un quart des
héritiers », remarque Vincent Drezet.