Des cadeaux fiscaux pour 2006 qui provoquent les banlieues
Budget. Alors que le gouvernement peine à
dégager des crédits pour les quartiers pauvres, les députés
UMP multiplient les largesses, dans le budget 2006, pour les
plus fortunés.
Pas d’argent pour les habitants des banlieues, ou si peu, mais
une montagne de cadeaux fiscaux pour les foyers les plus
fortunés... Alors que, bon gré mal gré, chacun doit accepter
l’évidence des terribles inégalités dont souffrent les
quartiers populaires, le gouvernement
Villepin se propose d’en rajouter une louche.
En dépit de vives critiques à gauche mais aussi à l’UDF, dans
les médias et jusque dans les rangs de l’UMP,
la majorité a commencé à ratifier à l’Assemblée,
un projet de réforme fiscale très largement dédié aux
privilégiés. Les députés ont voté dans la nuit de mercredi à
jeudi le dispositif dit de « bouclier fiscal » consistant à
plafonner à 60 % des revenus le montant total des impôts
directs d’un contribuable (sur le revenu, ISF, taxe
d’habitation et taxe foncière sur l’habitation principale).
Selon le ministre du Budget, Jean-François
Copé, sur les 93 000 personnes
concernées par cette mesure, « près de 90 % sont parmi les
plus modestes ». Il « oublie » de préciser que les autres, une
minorité de 14 000 ménages en haut de l’échelle des revenus,
toucheront la plus grande part (250
millions) du pactole de 400 millions d’euros que coûtera cette
mesure. Ce « bouclier » très sélectif est en réalité une
manière de procéder, sans le dire, à une nouvelle réforme de
l’ISF.
Rien n’étant trop beau pour la classe rentière, le projet de
budget sert également à quelque 12 000 hauts cadres et PDG,
actionnaires de leur entreprise, un abattement d’ISF
porté à 75 % de la valeur des titres détenus. Bénéfice : 68
millions d’euros. Presque autant que les subventions promises
aux associations des quartiers... Par ailleurs, le ministre
des Finances a obtenu de Matignon le feu vert pour une
exonération totale d’impôt (hors CSG et CRDS) sur les
plus-values réalisées à la revente d’actions détenues depuis
au moins huit ans. La modification du barème de l’impôt sur le
revenu - baisse de nombre de tranches de 6 à 4, avec
l’intégration de l’abattement forfaitaire de 20 % sur les
revenus du travail -, applicable en 2007, va dans le même
sens.
Censée bénéficier surtout aux classes moyennes selon le
gouvernement, elle va en réalité alléger la charge fiscale
très inégalement, donnant une forte prime aux plus hauts
revenus. Au total, cette réforme doit faire baisser les
recettes fiscales de 3,5 milliards d’euros. À eux seuls, selon
un calcul, les quelque 100 000 foyers les plus aisés gagneront
un quart de ce pactole, 885 millions d’euros. Et ce n’est pas
le plafonnement des « niches » fiscales, sortes de
passe-droits, annoncé aussi pour 2007, qui peut faire
équilibre. Sur les 200 « niches » recensées, seules 17
devraient finalement être plafonnées, pour un rapport pour le
budget de l’État évalué à
seulement 60 millions d’euros par le
syndicat des impôts SNUI,
qui dénonce une mesure « d’affichage ».
Pour compléter le tableau, il faut ajouter la réforme de la
taxe professionnelle, avec un plafonnement à 3,5 % de la
valeur ajoutée. Au nom de « l’attractivité », il s’agit d’un
avantage supplémentaire consenti aux entreprises, toujours,
faut-il le préciser, sans la moindre contrepartie en terme de
création d’emploi. Son impact sur les finances des communes
risque d’être sévère. Les villes de banlieue, déjà classées
parmi les plus pauvres, pourraient bien trinquer encore un peu
plus. Le coût de cette mesure est évalué à 1,5 milliard
d’euros. Si elle était annulée, cette somme pourrait
permettre, par exemple, de tripler les crédits consacrés
actuellement aux zones d’éducation prioritaire.
Tandis que le PS fustige des « choix indécents, dangereux et
inadaptés », le président du groupe PCF à l’Assemblée
a demandé, dans une lettre à Dominique de
Villepin une « refonte » de la loi de finances. Alain
Bocquet fait valoir que l’annulation des mesures « dédiées à
l’amélioration des profits des entreprises, des gains des
actionnaires ou du train de vie de la couche la plus favorisée
de la société » dégagerait 6,2 milliards d’euros, utilisables
alors dans un plan d’actions pour les banlieues.
Yves Housson