Collectivités locales
 Les Echos du 17 novembre 2004 
Finances
Réforme des impôts locaux : les communes craignent une perte de « pouvoir d'achat »
 
Après l'annonce de la réforme de la taxe professionnelle et de celle de l'impôt sur le foncier non bâti, les maires s'inquiètent de l'évolution de leurs ressources. D'après l'« indice des prix du maire », réalisé par les experts de Dexia Crédit Local, les dépenses obligatoires des communes augmentent plus vite que l'inflation.
 
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Les sujets financiers qui fâchent s'accumulent entre les maires et le pouvoir central. Le congrès de l'AMF, dont les travaux, aujourd'hui, s'ouvrent sur la réforme de la taxe professionnelle (TP), en donnera plus qu'un aperçu. La tournure des travaux de la commission Fouquet, chargée d'imaginer une alternative à cet impôt économique, laisse plus d'un élu perplexe quand elle ne les déçoit pas. L'idée la plus en vogue, d'un impôt basé sur la valeur ajoutée des entreprises et une part de leurs valeurs locatives foncières, est peu prisée. « Si ce schéma prévaut, communes et intercommunalités verraient leurs ressources fiscales évoluer de façon bien moins favorable que celles de la TP dont les bases ont augmenté très vite ces dernières années », s'inquiète Philippe Laurent, le président de la commission des finances de l'association.
 
L'annonce fin octobre par le chef de l'Etat de la réforme de la taxe foncière sur le non-bâti (TFNB), avec son élimination progressive pour les agriculteurs, n'est toujours pas digérée. « Cela ne s'inscrit pas dans l'optique du principe d'autonomie financière », s'offusque Daniel Hoeffel, président de l'AMF. L'initiative élyséenne laisse perplexe. « Par quoi cet impôt pourrait-il bien être remplacé ? », s'interroge le maire de Sceaux, qui fait remarquer que la TFNB représente plus du cinquième des ressources fiscales directes des 21.000 communes de moins de 500 habitants. Selon l'état d'urgence dressé hier par le SNUI, un des principaux syndicats de Bercy, la réforme de cet impôt risque d'avoir un effet de report sur le foncier bâti et la taxe d'habitation, alors que toute refonte de la fiscalité locale devrait passer par « une meilleure appréhension des capacités contributives respectives des entreprises et des ménages ».
 
 
Jean-Pierre Raffarin a beau rappeler qu'aucune commune ne devrait être pénalisée, leurs élus voient l'avenir en noir. Leur pouvoir d'achat serait menacé. D'après l'« indice des prix du maire », réalisé par les experts de Dexia Crédit Local, les dépenses obligatoires des communes augmentent plus vite que l'inflation. La baisse des taux d'intérêt, qui leur a permis de réduire leur frais financiers, fait qu'elles ont pu amortir le choc. Mais pour combien de temps ? La DGF (dotation globale de fonctionnement) forfaitaire des communes progresse moins vite que l'indice des prix. Les maires s'interrogent aussi sur la méthode du gouvernement et sa portée pour accroître la péréquation financière. « La réforme de la DGF engagée dans le projet de loi de Finances pour 2005, avec l'effort de réduction des inégalités que doit permettre le gonflement de la DSU et de la DSR, tient-elle lieu de péréquation ou ne s'agit-il que d'une première étape ? », se demande Daniel Hoeffel, qui en appelle à l'application de la loi de février 1995 qui veut qu'en 15 ans les ressources d'une région ne représentent pas moins de 80 %, ni plus de 120 % de la moyenne des autres. « On fera payer par la DGF ce qui devrait l'être par la politique de la ville », s'insurge un élu, en faisant remarquer que pas mal de villes, dès lors qu'elles comptent une zone franche urbaine (ZFU), verront leur dotation de solidarité urbaine (DSU) majorée alors même qu'elles ont un potentiel fiscal supérieur à la moyenne.