Le seul fisc français perd 30 milliards d'euros par an à
cause des fraudes à la TVA, relève une étude. Elle s'inquiète aussi du dumping
fiscal, notamment avec l'élargissement.
Dans un rapport publié hier, l'Union du personnel des
finances en Europe (UFE) - regroupant quarante syndicats nationaux des
finances et des douanes, dont le Syndicat national unifié des impôts (Snui)
en France - s'alarme de ce que "la fraude fiscale et le détournement fiscal
prennent une ampleur de plus en plus menaçante en Europe", ce qui "soustrait
aux Etats des moyens dont ils ont besoin pour réaliser leurs tâches", tout
en alimentant "les distorsions de la concurrence au profit des agents
économiques malhonnêtes".
Détournement. Dans toute l'Europe, cette fraude fiscale se manifeste
essentiellement via le détournement de la taxe sur le chiffre d'affaires
(TVA). En France, la fraude à la TVA, notamment par le mécanisme des
carrousels (création d'entreprises fictives qui récupèrent la TVA sur le dos
du fisc, sans la payer) atteindrait environ 30 milliards d'euros par an,
selon un expert. "Les fraudeurs exploitent les points faibles du système en
vigueur", explique l'UFE. Contrairement à la loi, l'entreprise prestataire
"ne reverse pas sa taxe sur le chiffre d'affaires aux autorités
financières", alors que dans le même temps "elle peut avoir recours à la
déduction de la taxe en amont, indépendamment du bénéficiaire de la
prestation".
Le rapport souligne cependant les efforts entrepris par certains pays pour
lutter contre cette fraude. Ainsi, l'Allemagne - où la fraude sur la TVA est
estimée à 20 milliards d'euros par an - "a essayé d'améliorer l'exécution de
la loi sur la taxe sur le chiffre d'affaires" et a introduit des "nouveautés
organisationnelles".
L'UFE s'alarme, par ailleurs, du développement du "dumping fiscal" avec
l'entrée dans l'UE de nouveaux membres aux régimes fiscaux très favorables
pour les entreprises. Alors que la charge de l'impôt sur les bénéfices
atteint environ 40 % dans plusieurs pays déjà membres de l'UE (Allemagne,
France...), elle n'est que de 13,1 % en Lituanie, et même 7,3 % en tenant
compte des avantages fiscaux. Un écart qui incite les entreprises à se
délocaliser. Cela étant, l'UFE se
félicite des "efforts du commissaire européen au Marché intérieur, Fritz
Bolkestein", qui a "encouragé l'harmonisation des bases de calculs de
l'impôt sur les bénéfices des sociétés au niveau européen".
G. H.