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Fatalistes fonctionnaires du fisc
Savoir-faire. Un autre Denis, vingt-cinq ans de maison passés au «cadastre» (relations avec les collectivités locales) : «En 2005, il n'y aura plus de cadastre. On fera tous un peu de tout. On va y perdre nos spécificités et notre savoir-faire.» Jean-Pierre, 55 ans, déplore le déclin d'une administration dont il ne doute pas un instant de la grandeur passée. Exemple à l'appui : «Nos chefs, y compris Francis Mer, ont fait le forcing pour que les gens fassent leur déclaration sur Internet. Jamais il n'a été dit que c'était impossible pour les nouveaux contribuables, qui sont maintenant hors des clous pour la date de dépôt des déclarations papier.» Il est formel : «Jamais ça ne serait arrivé avant !» Elisabeth Cossat approuve : «Aujourd'hui, la forme l'em porte sur le fond. Mais notre première mission, c'est quand même traquer la fraude fiscale !» Dans ce contexte maussade, vu de la DGI de Strasbourg, l'avenir des retraites n'est qu'un mauvais coup de plus porté au service public : «Pour susciter la jalousie des gens du privé, le gouvernement met en avant nos 37 ans et demi de cotisation. Mais il refuse d'intégrer nos primes, comme ça se fait dans le privé», insiste Denis à la DGI, les primes représentent en moyenne 40 % des revenus. «Franchement, en tant que fonctionnaire, on n'a plus grand-chose d'enviable», assure Elisabeth Cossat. Démotivation. Mais ils savent que leur force de conviction ne suffit pas et qu'aujourd'hui, le rapport de force n'est guère en leur faveur. Le sentiment de sympathie dont étaient crédités les fonctionnaires pendant l'hiver 1995 est loin : «Nous, d'emblée, on ne nous aime pas parce qu'on symbolise les impôts. Mais de toute façon, en ce moment, tous les fonctionnaires sont mal vus», résume une jeune femme. L'ambiance s'en ressent. «Dans les services, le sentiment dominant, c'est un mélange de ras-le-bol et de fatalisme. Le mot qu'on entend le plus, c'est "démotivation", mais les gens ne se rebiffent pas», assure Nathalie Bresch. Denis, lui, observe les hésitations chez certains de ses collègues : «Ils savent qu'à l'extérieur ça va mal, et qu'on n'est pas compris. Alors ils se tiennent sur la réserve.» Pourtant, le 10 mars, la moitié des agents strasbourgeois de la DGI étaient en grève, pour le «service public». Les syndicats espèrent faire mieux aujourd'hui. |