|
|
Alors que le gouvernement garantit que le trafic est redevenu fluide sur le site impots.gouv.fr, de nombreuses interrogations subsistent sur les problèmes de saturation du dispositif et l'incapacité de Bercy à s'adapter au nombre record des télédéclarations cette année, qui a déjà dépassé les 3 millions. |
La direction générale des impôts (DGI) affirme que ce dispositif peut gérer 100.000 télédéclarations par jour. Et qu'en outre, un système de régulation a été mis en place pour gérer le trafic et prévenir les utilisateurs de se connecter plus tard en cas d'embouteillage. Insuffisant, pour Vincent Drezet, le secrétaire général du Syndicat national unifié des impôts (SNUI), qui explique que l'une des raisons tient dans la mauvaise appréciation du développement de l'internet en France, lors de la planification budgétaire du dispositif il y a trois ans.
ZDNet.fr – Les
encombrements rencontrés sur le site impots.gouv.fr
viennent-ils d'un problème de maintenance technique ou d'un
mauvais dimensionnement dès l'origine?
Vincent Drezet – C'est un peu des deux, selon moi. La
plate-forme technique est confiée à des prestataires privés
comme IBM, ou HP et des SSII, mais on ne connaît pas la
répartition des tâches entre eux. Nous n'avons pas toutes les
informations. En 2006, nous allons changer de système, et
passer probablement au programme open source annoncé par la
DGI. Mais cette année, il y a eu un véritable problème
technique: on n'a pas pu gérer l'afflux de connexions parce
qu'en amont on n'a pas su prévoir. C'est un problème de
conception et de réalisation, et on se demande où il y a eu un
hiatus. C'est toute une chaîne, il va falloir se pencher sur
les différentes étapes du processus. Une chose est sûre: on
n'a pas su appréhender la montée en puissance de l'internet
chez les Français.
Comment sont réalisées les
prévisions pour le dimensionnement de la plate-forme
technique?
La direction générale des impôts est liée par un contrat
de performance triennal qui arrive à sa fin en 2005. Sur ces
trois dernières années, 500 millions d'euros ont été investis,
alors que le montant total des investissements sur Copernic
(*) doit être d'environ un milliard d'euros de 2001 jusqu'à
2009. Pour la vague d'investissement pensée il y a trois ans,
le gouvernement tablait sur 500.000 télédéclarations en 2003,
1 million en 2004 et 1,5 million en 2005. On peut donc penser
qu'il y a eu à ce moment une mauvaise appréciation des choses.
Le projet initial et le cadrage budgétaire datent d'il y a
trois ans. On savait à la base qu'on n'allait pas dépenser
plus, même s'il est toujours possible d'avoir quelquefois des
rallonges budgétaires. Il y a déjà là les ferments d'un
dysfonctionnement.
Comment faire l'année
prochaine pour convaincre les contribuables de revenir sur l'internet?
C'est la vitrine de l'administration électronique qui est
en train de se fissurer. Il faut changer complètement le
dispositif, sinon les gens vont se dire que les problèmes
recommenceront. L'idéal serait l'égalité de traitement pour
tous: il faut une même date pour tout le monde. On sait aussi
qu'il y a une utilisation massive de l'internet, donc il ne
faut pas créer de carotte via une réduction d'impôts. Cette
année, il y a eu un appel d'air avec les 20 euros de remise
d'impôts. Et mettre de gros tuyaux, en faisant passer un
message différent, avec une communication lisible pour tous:
«Cette année, nous y avons mis les moyens.» Mais cela
nécessite aussi de l'intervention humaine, c'est pourquoi on
aimerait avoir un moratoire sur les suppressions d'emplois
(1.000 par an jusqu'à 2007, sur un effectif actuel de 76.000 à
la DGI), qu'on justifie par l'utilisation accrue de
l'informatique.
(*) Grand chantier informatique du ministère des Finances qui prévoit, sur une période de sept ans (jusqu'en 2009), la refonte totale du système d'information fiscal.

